Billet n°38 :Fenua Enata : Hiva-Oa, Tahuata et Fatu-Hiva

Billet n°38
Fenua Enata : Hiva-Oa, Tahuata et Fatu-Hiva
Yann

Le mouillage de la baie de Atuona est un des seuls bien protégés. Par contre, l’espace y est compté. Il comporte une autre spécificité : c’est aussi là que viennent accoster les « Goélettes » (Aranui III, et Taporo IX) entres autres. Du coup, il y a un alignement à dépasser pour mouiller. Il faut laisser de l’espace pour ces petits cargos dont le plus grand fait quand même 111 mètres de long. Les  capitaines ont un certain savoir faire, jugez plus tôt : Dès qu’ils contournent le môle, il jette l’ancre. Il la laisse couler et s’appuie dessus pour pivoter de 90° et venir mourir sur le quai ! C’est un spectacle qui se déroule sous nos yeux, les bateaux de voyage sont aux premières loges.
Atuona est une baie où vient se jeter une rivière qui vient assombrir et charger l’eau. Je ne fais donc pas fonctionner le dessalanisateur. Heureusement qu’il y a un robinet sur le quai. Bon la corvée d’eau, c’est fastidieux. C’est comme si vous n’aviez plus d’eau courante à la maison. Vous préparez vos bidons dans la voiture (annexe) vous allez à la fontaine du village. Vous remplissez vos bidons, vous revenez à la maison (bateau) et vous transférez l’eau dans votre réservoir. Bien sûr, j’ai été sur le dos des enfants pour la consommation d’eau. Je les ai menacé de faire la corvée afin qu’ils comprennent le plaisir que c’est. Mais à chaque fois le CNED leur sauvait la mise.
Et pour les courses voici le 2ème désavantage : le village est à 3 kilomètres. Je n’ai jamais fait autant de stop de ma vie.
Notre récompense c’est la montagne, point culminant de l’île, qui trône devant nous. 1.276 mètres face au mouillage. C’est comme la mer : elle varie tout le temps. Qu’est ce qu’il a fumé pour voir la montagne bouger, me demanderez vous ?  Non je veux juste dire qu’en fonction des moments de la journée ; l’éclairage n’est pas le même. Et la présence fréquente de nuages apporte encore d’autres variations de tons de lumières. De temps en temps, elle met un chapeau, d’autre fois c’est une écharpe, d’autre fois encore elle disparaît pour ne laisser voir que son pied et d’autre fois elle est nue et vous révèle toute sa splendeur. Nous garderons tous en mémoire ce mouillage. Le matin nous entendions les militaires chanter, des chants Français et à la fin des Haka.

Si nous devions faire un album photo des Marquises, voilà ce que nous y mettrions :


En tableau général :
•    Une montagne couverte de végétation. Cela symbolise bien cet ensemble d’îles. Des montagnes, partout des montagnes. Entre des vallées souvent encaissées et partout des rivières, des cascades. La végétation équatoriale couvre tout, même des pentes très abruptes. C’est fou la puissance de la nature pourvu qu’elle ait du soleil et de la pluie.
•    Un jardin d’Eden. Tout pousse aux Marquises. Comme l’a dit Jacques Brel « Gémir n’est pas de mise aux Marquises. » Des fruits encore des fruits. Dans tous les jardins vous trouvez : des bananiers, des papayers, des arbustes à fruits de la passion, des goyaviers, des pamplemousses – pas des pomelos – de vrais pamplemousses. Les meilleurs que l’on ait gouté. Il s’agit d’un gros fruit de la taille de la balle de handball au petit ballon de basket, ils sont verts et jaunissent un peu à maturité. Mais vous trouvez aussi des avocats, des oranges (pas les meilleures) des manguiers et des cocotiers en pagaille. Partout les jardins sont bien entretenus. Nous entendons souvent la débrousailleuse, car il n’y a pas de saison morte ici. Pour les légumes c’est là que les Marquisiens travaillent plus : il faut faire le potager.
•    Un soleil écrasant. Ce n’est pas qu’il est toujours présent, car il pleut tous les jours pratiquement, mais c’est la chaleur permanente. Il est vrai que nous y avons été pendant que le soleil était à son maximum : il a été au Sud, récemment il est repassé au Nord de notre position (10° de latitude en gros). Cette chaleur sous laquelle nous vivons depuis presque le début de notre voyage est aussi lourde qu’au Panama ici : le taux d’humidité est des plus élevés et vous fait transpirer sans faire le moindre effort. Cette chaleur sape votre volonté. Nous en avons discutez avec les bateaux copains. Tous le ressentent. Nous l’avons déjà écrit, mais il est vrai que cette chaleur permanente, accablante vous sape l’envie d’entreprendre. Je vous rassure; il y en a pour qui cela leur correspond très bien, même des fois pour des Anglais ! C’est peut être mes gênes de Bretons et d’Auvergnate pour Valérie, mais il est certain maintenant que nous ne vivrions pas ici. Nous avons besoin de plus de fraicheur, et puis les saisons nous manquent aussi. Je pense que ce n’est réellement pas pour rien que les populations situées  au dessus du tropique du Capricorne et ou en dessous de celui du cancer sont plus dynamiques que celles entre les tropiques. Le froid / la fraîcheur est-il (elle) un(e) stimulant pour le travail ?
•    Un marquisien en tenu d’apparat. Un peuple fier, plus fier encore que les Paumotus. (habitants des Tuamotu), plus rude, plus sauvage. Je vais détailler au risque de briser aussi la carte postale. Nous avons eu la chance de rencontrer une famille Française qui finissait bientôt sa mission de 4 ans aux Marquises. Benoit était là comme adjoint au directeur d’établissement. Ce qu’il en est sorti de cet échange, c’est que vivre ici c’est loin d’être la carte postale. Nous ne disons pas que c’est bien ou mal, mais la réalité de la vie sur place est différente de l’image que l’on peut avoir. D’abord, nous retrouvons les caractéristiques d’un monde insulaire : autonomie plus forte, caractère plus affirmé, intégration plus difficile. Et puis, loin de tout signifie aussi manque de certaines choses. C’est très bien d’un côté ; depuis le temps que nous voyageons nous avons appris comme eux à se passer de beaucoup de choses finalement inutiles. Mais eux, ils vont encore plus loin, dans une voie que nous ne sommes pas prêt à vivre au long court. A ce chapitre nous citons pêle-mêle : le choix restreint de nourriture (ha ! la France), le manque de choses à faire, j’y reviendrai, le manque de modernité, cela va même à vivre dans des situations précaires pour certains, et je finis par l’accès aux soins, à la culture  autre que la leur, bref la diversité qui manque.
•    Une jeunesse en manque d’avenir. A partir de 14 ans, la plupart des îles n’ont pas de Lycée. Cela veut dire que les marquisiens vont à Papeete. Ils y découvrent une certaine civilisation, et les garçons, en majorité, ne veulent pas revenir, les filles sont plus partagées. Pourquoi ne pas vouloir revenir ? C’est là que je reviens sur le manque de choses à faire. Pas de café, de lieux de vie, pas de bibliothèques, quelques terrains de sports, mais pas d’occupations, pas d’associations pour imprimer le mouvement. C’est le laisser aller. A cela il faut rajouter que les Marquisiens (pas seulement les jeunes) ont subi une perte de leur valeur, de leur éducation, perte de leur identité. L’argent qui est venu inonder la Polynésie issue du « pardon » de nos essais nucléaires, et qui se tarit maintenant, n’était pas la solution, ou il a été mal dirigé. De plus l’éducation est Française, forcément pas des mieux adaptées à leur monde. Ils parlent le Français de façon approximative pour certains, ils parlent par contre bien leur langue (contrairement aux Tuamotu ou elle se perd). C’est seulement depuis 10/15 ans que les tatouages sont revenus, les danses ravivées, et c’est très bien. Vous trouvez des 4X4 récents partout sur les îles, mais à côté de cela certains habitent dans des maisons sommaires de planches et de tôles. Nos Français expatriés nous ont raconté que l’intégration n’est pas évidente, il faut tout de suite allez voir l’autre, profiter de leur curiosité. Sinon il pense vite que vous faites le fier, et vous ramerez 2 fois plus pour essayer de créer du lien après. Comme ils ont une perte de valeur, de repères, ils entretiennent celles qui leur restent. Et là dedans, il font tous pour être meilleurs que vous : la pêche en canot ou à la langouste, et la chasse (et je ne parle pas du trafic d’armes). Et puis comme dans nos villages français, c’est un monde de petits secrets, avec des liens de sang plus fort : tout le monde est le cousin de l’un ou de l’autre. Vous imaginez les histoires de famille !
•    Une marquisienne bien en chair. Et oui c’est ici que nous avons trouvé le plus d’obèses, et pas que chez les femmes. Il faut savoir tuer le temps. Les repas Marquisiens sont pantagruéliques. Ils durent des heures. Adieu le mythe de la belle vahiné !

La variété des Marquises. La difficulté de mettre en scène la 2ème partie de l’album photo des Marquises viendrait de savoir rendre la diversité d’une île à l’autre. Elles ont beau être regroupées, aucune ne ressemble à sa voisine. De la forme des montagnes, de leur couleur, de leurs courbes ou crocs, chaque île a son identité.
•    Hiva-Oa avec sa grande baie de Taiohae qui s’ouvre invite les voyageurs à descendre à terre. C’est là que les commodités sont les plus grandes. Le habitant charmants
•    Ua-Huka avec sa côte inhospitalière, la seule aussi à disposer d’une plaine ou a été installé l’aérodrome. Nous ne sommes rester qu’une journée tant le mouillage était rouleur.
•    Hiva-Oa et ces côtes escarpées, ces vallées grandioses. La population y est plus indifférente. L’auto stop était plus dur. Le contact moins facile.
•    Tahuata : l’île au plus beau mouillage : car c’est la seule qui dispose de plage de sable blanc (partout ailleurs c’est cailloux ou plage de sable noir), et des eaux cristallines. Nous garderons en mémoire la plage de Hanamoeana.
•    Et Fatu-Hiva (ou Fatuiva), notre dernière escale. Seulement 2 mouillages qui peuvent devenir impraticables. Une petit île desservie par le caboteur que toutes les 3 semaines et pas d’aérodrome. Elle est encore plus sauvage que les autres. Et c’est là que nous avons retrouvé une population des plus accueillantes. Les jardins et les maisons les mieux entretenus. Je ne veux pas dire que moins il y a d’aides de la part de Papeete, mieux ils s’en sont sortis, mais une chose est sur : ils se sont mieux débrouillés avec moins.


Voilà pour les Marquises, il est temps maintenant de redescendre sur les Tuamotu à Rangiroa et ensuite Papeete. En effet, nous approchons de la fin de la période cyclonique, et nous avons des pièces pour Appaloosa à récupérer sur Tahiti. En effet, depuis 3 semaines, nous collectionnons les problèmes techniques et nous devons réparer sans attendre, sinon cela va devenir critique.
Nous voilà donc partis pour 4 jours de navigation.

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Dernière modification le Mardi, 22 Avril 2014 09:01

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