Billet N° 33 Apataki – Tuamotu

Billet N° 33
Apataki – Tuamotu
Où : l’art de perdre du temps … avec plaisir

C’est bien parce que nous savions qu’il y avait un chantier que nous le cherchons à la jumelle et que nous arrivons à le distinguer seulement 2 miles avant. Finalement à 1 mille du rivage ,nous voyons 2 bateaux au mouillage et de nombreux mâts enchâssés dans la cocoteraie, et puis une rampe aussi qui sert pour sortir et mettre les bateaux à l’eau. Il s’agit bien du chantier du bout du monde, dans le plus beau des cadres ! Valérie l’a choisi pour cela et pour le prix (en temps qu’Auvergnate il y a des gênes ancrés).  Lors de ma première visite à terre je suis surpris par la propreté des lieux et la qualité un peu au dessus des maisons (plus des cabanes en fait) que celles des atolls précédents. Je fais rapidement connaissance (visuelle) d’Alfred et de son fils Tony (je les avais eu par téléphone et mail).  D’une bonne humeur continuelle, nous sommes très bien accueillis. Le chantier « Apataki carénage » se révèle vite être un chantier familial. Une fois intégré, vous pouvez participer aux manœuvres des autres bateaux, des autres propriétaires, le soir, contre une somme modique (entre l’équivalent de 8 à 13 €) vous manger avec tous ceux qui sont là sur une grande table. La cuisine est sur l’autre mur de cette pièce unique, au milieu c’est l’atelier proprement dit ! Inconcevable chez nous en Europe, de combiner l’alimentaire avec le bricolage, ici cela fait parti du charme, de l’authenticité du lieu.

Pour Appaloosa, nous calons une date, le lendemain de notre arrivée pour le sortir, avec l’aléa des sorties et des mises à l’eau qui demande toujours beaucoup d’ajustement, ce sera décalé d’une journée. Le jour J, avant de nous décider à relever l’ancre, et en aidant, très peu ma foi, Thomas et Tamara lors de la remise à l’eau de leur bateau, Alfred m’apprend que mon antifouling n’a pu embarqué sur le Cobia : la douane vient juste de donner son accord ! Déception. Après discussion entre nous, nous décidons d’aller au village de Niutahi, à l’entrée de la passe Sud Ouest, par ou nous sommes arrivés. C’est l’impératif besoin de Wi-Fi pour l’école des enfants qui nous y oblige. Nous en profiterons pour découvrir le village et faire un peu d’approvisionnement. Le prochain Cobia est pour dans 5 jours.

Lors de notre traversée du lagon, nous verrons notre première famille de dauphins du Pacifique. Joie et bonheur de retrouver ces animaux magiques. Ils vous mettent de suite de bonne humeur. Et comme il n’y a que peu de vent, la transparence rajoute au plaisir. Nous mouillons sur les conseils d’Assan, le grand père de Tony (donc le père d’Alfred, vous suivez ?) derrière le platier ou est fixée la bouée cardinale. Après un peu de tâtonnement, nous captons grâce à notre antenne, du Wi-Fi, qui se révèlera erratique, comme depuis le début que nous sommes dans les Tuamotu. Heureusement que les cheveux de Valérie sont costauds, sinon elle se les aurait arrachés.

Le village se révèle très simple, avec d’une façon plus flagrante ici : la lenteur de vivre côtoie la fainéantise. En effet les villageois ont tout, et une partie d’entre eux n’en font pas grand-chose. J’irais par 2 fois me casser les dents sur la boulangerie qui n’est jamais ouverte, la dernière fois : elle est ouverte pour prendre les commandes pour la fournée de 17h, alors que nous seront de retour à Totoro (nom du motu ou se trouve le chantier). Le supposé snack ne comporte que des « frifri » des beignets, un gâteau à la banane et 2 plats salés … un peu léger. Quand à l’épicerie, elle a raccourci ses horaires d’ouverture : de 10h à 13h et de 17h30 à 18h30, et encore c’et un peu trop pour eux, nous attendons jusqu’à 10h20 pour qu’ils ouvrent les portes. Personne ne se plaint, tout le monde est habitué, nous y compris, même si nous avons trouvé le temps long. Qu’est –ce que cela changerait de râler. Vous avez deviné que nous avons été un peu déçu quand même. Et pourtant de l’autre côté, ils ont un tractopelle et une pelleteuse quasiment neuve. Nous apprendrons plus tard que celle ci est une dotation récente du gouvernement pour leur permettre de travailler en l’empruntant quand ils veulent. Elle peut servir à continuer à aménager le nouveau bassin pour les fermes perlières, aménager un quai pour le retour du copra (l’intérieur de la noix de coco) ou bien elle peut servir à nettoyer les cocoteraies abandonnées, mais j’ai bien peur qu’elle serve de pièce de musée plus souvent. Voilà vous saisissez l’un des mauvais côtés des Polynésiens, ou plutôt devrais-je dire de beaucoup de pays qui se situent entre les tropiques. Par contre, cela vous ouvre des opportunités. Si vous voulez vous installez ici, dans ces décors magnifiques, ou il ne fait jamais froid, vous pourrez entreprendre dans beaucoup de secteur. D’accord, nous sommes déformés par notre culture, mais Niutahi deviendrait bien plus, simplement si on prenait le soin d’aménager un port pour les bateaux de plaisance, sans grands travaux, car il y a un contexte favorable, un quai en béton et une digue suffise. Vous rajouter un snack, et le tour est joué. Oui, je conviens que les « yaka » sont un peu faciles, mais je reste persuadé pour ceux qui veulent changer de vie, en se donnant un peu de peine vous vivrez bien dans le sens ou vous ne manquerez de rien … sauf de modernité et d’un peu d’isolement.

Trêve de critique, nous retournons après 3 jours au chantier en retraversant une nouvelle fois le lagon Ouest – Est. Ce coup ci nous calons avec Alfred le lundi comme jour de sortie, après ce weekend. J’aurais le temps de le passer au nettoyeur haute pression et de le poncer, la plus fastidieuse des étapes. Le Cobia livrera le mardi l’antifouling et je pourrais attaquer mercredi au plus tard la peinture. Le jour J, nous levons l’ancre, et nous nous faufilons entre les patates de corail, je précise avec l’hélice tribord défectueuse, l’amarrage temporaire se passe bien. Alfred glisse le chariot - qui vient de Saint Brévin – sous la coque. Là, je passe du temps avec Tony et Nini, l’employé du chantier, pour ajuster les patins à l’endroit ou nous estimons être les poutres de la nacelle. En fait, je n’ai aucun plan de cela, mais c’est la logique qui s’applique. Je m’aperçois du sérieux des gens en bossant avec Tony et son père. Ils prennent le temps pour bien faire le travail. La première tentative est un échec, trop de poids sur l’arrière. Nous réajustons les patins sur l’avant, 2ème tentative : échec trop de poids sur l’avant. Il faut pour sortir le bateau que les 4 vérins reçoivent le même poids. Midi sonne, Alfred et Tony décident de manger et de réfléchir à ce qui ne va pas. Nous mangeons ainsi sur notre bateau entre mer, ciel et terre (nous sommes à environ 1 mètre au dessus de notre niveau habituel).
Après le repas, ils ont décidé d’écarter au maximum les patins arrière des patins avant, l’équilibre semble être atteint. Mais lors de la traction pour la sortie finale, cela ne veut pas bouger. En cause l’équilibre, le poids important du bateau (entre 14 et 15 tonnes) et le tractopelle fatigué du chantier (avis personnel). Alfred me dit qu’il n’a pas assez de manoeuvrabilité pour aller plus loin sans prendre des risques. Coup de massue pour moi, et que Valérie voyait venir : Assan, le grand père lui faisait part de ses réserves. Alfred et Tony semblent aussi déçus que moi. Et M…. Il faut se résigner, nous ne pourrons pas sortir Appaloosa ici.

Le soir, l’ambiance est morose, tout le monde est déçu. Après une bonne nuit de sommeil, le moral est remonté un peu, il faut passer au plan B. Alfred me donne les coordonnées de Technimarine sur Papeete (Tahiti), je les contacte, il n’y a pas de disponibilités avant 2 semaines, nous ferons avec ! Nous décidons de rester un jour ou 2, notamment pour prendre livraison de l’antifouling et des anodes que j’ai commandé, et puis l’endroit est bien et la famille si sympathique.
Parlons en de cette famille justement. C’est une (autre) belle rencontre. Assan et son épouse, que nous appelons tous mamie, ont commencé par une ferme perlière. Ils ont diversifié leur activité en faisant un  élevage de poules pour leurs œufs et pour la chair. Aujourd’hui, il pourvoit le village et tous les navires de passage. Ils font aussi un peu de copra culture, comme beaucoup de Polynésien.
Après, je ne sais pas si c’est Assan ou son fils  … ou les 2, ils ont monté le chantier, il y a 25 ans maintenant. Leur fils Tony, les a rejoint, il y a quelques années maintenant, il est le responsable de la partie technique. Le site du chantier nous a parut particulièrement bien choisi : le motu (partie de l’atoll émergé) est large et assez haut, puisqu’il monte d’environ 3 mètres au dessus de l’eau, cela le met à l’abri, au moins partiellement des cyclones. Totoro est au Sud de l’atoll, c’est un autre avantage en cas de mauvais temps : les vagues se brisent déjà sur les récifs, en cas de gros temps les vagues générées seront arrêtées pareillement, et les vagues du lagon prennent naissance de chez eux, il ne les subissent pas puisqu’il sont sur la côte au vent. Il y a aussi une nappe phréatique qui procure l’eau nécessaire à chacun, et le chantier est un gros consommateur. Enfin l’atoll comporte moins de patate de corail que la moyenne, plus pratique pour mouiller l’ancre !
Enfin, le chantier a été aménagé au milieu de la cocoteraie, protégeant ainsi les bateaux. Lors du passage d’un cyclone proche, les vents extérieurs ont été mesurés à 60 nœuds, et seulement à 20/25 nœuds sur la plate forme d’entreposage des bateaux. En plus, bien sûr, les photos vous montre combien cet atoll, comme les autres, est un petit paradis sur terre, si l’on sait s’y adapter.
 Ce que nous avons aimé, c’est l’accueil de cette famille. Ils sont vraiment adorables. Assan et mamie vous accueillent toujours avec un magnifique sourire. Alfred a toujours le mot pour rire tout en pratiquant très sérieusement son travail. Et puis la relève semble assuré avec Tony, qui après des études des perlières  et de bijouterie est revenu au motu. Il met la même ardeur et la même passion du travail bien fait que son père. Le soir, nous avons demandé pour manger au lolo (c’est comme cela que l’on appelle les restaurants sommaires). Et au cours des discussions, dans les jours suivants, nous avons appris qu’Alfred avait travaillé pour Nestlé sur la Polynésie. Il en a eu marre de ce travail de fou, de l’activité dévorante de Papeete, du stress, il a rejoint son Motu et s’est consacré au chantier. Il a retrouvé ici un rythme de vie qui lui convient, une vie qui lui paraît plus vraie … comme nous aujourd’hui. Il nous a dit qu’il ne veut pas que le chantier grandisse plus de façon à garder ces échanges conviviaux. Il arrive que tout le monde aide tant pour le chantier que pour la tambouille du soir. Chacun apporte une bouteille, voire une partie du repas.
Alfred a proposé aussi une partie de pêche aux enfants, ils étaient ravis de l’offre, le soir nous aurions mangé la pêche au barbecue, mais Eole s’est manifesté. La sortie a été annulée, et puis c’est notre départ même qui a été reporté. Un bulletin météo spécial prévoyant du vent à 25/27 nœuds avec des rafales à 35 et une mer forte, nous a dissuadé. Mais comme vous l’avez deviné ce n’était pas vraiment une sanction, nous sommes resté 4 à 5 jours de plus.
Cependant il faut l’avouer, quand dans votre tête vous vous êtes préparé au départ, vous avez tourné la page, aussi belle soit-elle. C’est marrant, dans ce cas nous ne sommes plus réceptif que pour moitié de ce qui se passe au présent. Et puis il y  a un souci de calendrier qui se dessine : il va falloir concilier approvisionnement, bricolage et carénage avant que Jacqueline nous rejoigne.
Nous ne sommes partis que le lundi 16 Septembre pour Tahiti. L’île mythique ! Nous allons retrouver le confort où nous pourrons acheter plein de produits frais, des produits que nous ne trouvions plus, des produits typiquement français qui riment avec bonne bouffe.
Tahiti, c’est aussi le début des Iles de la Société, avec des îles d’un vieillissement modéré, en référence à la vie des atolls. C’est à dire que la montagne est présente, elle a commencé à s’affaisser et une barrière de corail a pris naissance, elle protège déjà bien l’île. Fini les lagons purs, immenses. C’est avec émotion que nous saluons la famille le jour du départ. Apataki mérite bien son nom, Alfred me l’a révélé. Apataki signifie « Embrasser et pleurer ». Cela est issu d’une coutume ancestrale qui voyait ici la construction des bateaux pour partir à la pêche, et la séparation des hommes de leur épouse.

Toutes les photos ici

Dernière modification le Lundi, 07 Octobre 2013 17:32

4 Commentaires

  • Jacky pleurmeau
    Jacky pleurmeau Vendredi, 13 Décembre 2013 14:28

    Salut yann,
    Jacky pleurmeau ITM St Mars Du désert
    Sache que tous les matins vers 5h du mat
    Je voyage au travers des images et des belles histoires que vous racontez toi et ta famille
    1er message tard par rapport au début de votre périple
    Mais je ne trouvais pas le moyen de communiqué .après de nombreuses tentatives j'ai trouvé le le moyen de rentrer en contact
    Continuer de nous faire rêver dans notre vie de dingue
    Amitiés sincères
    Jacky pleurmeau

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  • JOLY  GILLES
    JOLY GILLES Vendredi, 25 Octobre 2013 16:43

    bonjour la famille BRETECHE
    un petit coucou de la famille JOLY, de la chapelle sur erdre.
    Vous nous faites rever, et je peux que vous encourager sur votre périple.
    j ai commencé à lire votre périple
    et des votre retour, on vous louera votre bateau pour partir à notre tour
    j espere que les enfants s'éclatent
    et que l'auvergnate est heureuse, prenez soins de vous
    félicitation à vous tous

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  • Sido
    Sido Lundi, 14 Octobre 2013 11:09

    Salut les Appa !
    Bon, ça fait toujours du bien une ch'tite piqure de rappel, histoire de ne pas oublier que oui, c'est possible de mener une vie choisie, sans subir le stress quotidien... Bon, d'accord, il y a une autre forme de stress, mais dans d'autres conditions, quand même !
    Bref, merci pour ces belles images et ces tranches de vie, ainsi que pour les tuyaux sur d'éventuels projets d'installation sur l'atoll !!
    On pense à vous.
    La bise et à la prochaine.
    Sido, Franc & Co.

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  • CH
    CH Dimanche, 13 Octobre 2013 16:19

    on vous embrasse ...sans pleurer ...Catherine et Hervé

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