Billet n°16 : du 4 au 11 octobre : LISBONNE –SESIMBRA-LAGOS à PORTO SANTO – ILE DE MADERE – Portugal

Billet n°16 : du 4 au 11 octobre : LISBONNE –SESIMBRA-LAGOS

à PORTO SANTO – ILE DE MADERE – Portugal

Yann et Valérie

Départ de Lisbonne, le jeudi 4 au matin, un arrêt express à la marina d’ Alcantara, pour récupérer notre mat de drapeau qui a du être rallongé, suite à l’augmentation de taille des bossoirs, et nous voilà reparti pour de bon, à descendre le long du Tage, qui est toujours aussi majestueux. Notre première escale sera Sesimbra, sur les conseils de Carlos. Qui c’est Carlos ? Carlos, c’est l’homme à tout faire, vous cherchez un truc, une pièce, il vous la trouve , c’est grâce à lui que les bossoirs ont été réparés , il est efficace et serviable et c’est donc sur ses conseils, que nous allons faire escale à Sesimbra, puis à Lagos . De toute façon, c’est sur notre route, et cela permet de ré amariner tout le monde doucement, avant la traversée sur Porto Santo.

Nous profitons donc de l’escale de Lagos, pour faire le plein d’eau et de carburant, je comprends pourquoi, du coup, la ligne de flottaison d’Appaloosa, a baissé sur l’avant.

Ca y est, nous partons de Lagos, paré de ses magnifiques falaises et grottes. Nous les avons parcourues avec notre annexe, et avec les filles, nous avons plongé. C’est à la nuit tombante que nous quittons le port de Lagos, ou nous avons fait une courte halte, pour faire le plein de gasoil et de quelques provisions de frais. La suite nous dira que nous avons bien fait. Nous hissons les voiles entre chien et loup et nous passons à table : au menu pizza. Dès le début nous faisons cap direct, en fait presque : j’ai choisi une courbe qui épouse la courbure de l’anticyclone et qui devrait nous permettre ainsi d’avoir toujours un peu de vent.

Plus de 450 Mn nous attendent (833 km), une belle balade de 3 à 4 jours. Notre plus longue navigation en famille à ce jour. Cela va être le début du monde des îles. Le périple va prendre une autre dimension. Un pas de plus dans le voyage qui vous fait et vous défait.

Le vent se porte pâle dès le début de la traversée; il faudra mettre la risée diesel (et ce ne sera que le début) ! La nuit se passe calmement avec une attention particulière pour la traversée du rail de Cabo de Sao Vicente .Il permet de contrôler le trafic qui rentre et sort de Gibraltar, et qui remonte vers le Golf de Gascogne. D’ailleurs nous passerons tout près d’un pétrolier n’étant plus maitre de ses manœuvres, et qui dérive à 1,1 nœuds. C’est la vue de 2 feux rouges dans le haut de sa mâture qui m’a attiré. Et là désolé Bruno C, mais, mes souvenirs de tes cours sur ce chapitre étaient enfouis dans ma petite tête. Heureusement l’almanach Breton est là !

Sinon c’est toujours un réel plaisir de retrouver le ciel étoilé. Je l’ai souvent dit, mais je fais une parenthèse pour l’expliquer. De la terre, et particulièrement dans le milieu illuminé des villes où nous vivons, vous ne voyez rien ; j’exagère, mais vous ne voyez pas la moitié de ce que nous pouvons voir quand nous sommes loin de toute « pollution » visuelle. En mer (loin de tout lampadaire) nous voyons les étoiles dès 3° à 5° au dessus de l’horizon, sur terre c’est au mieux à 15° de hauteur. (En ville c’est 0° bien sûr.) Vous voyez davantage d’étoiles aussi sur l’océan. Alors l’immensité de l’espace vous saute dessus ! Les astres vous paraissent tellement proches et lointains en même temps. Quand en plus, vous avez eu la chance que l’on vous initie aux galaxies, constellations, etc. (merci à Jean Michel et encore à Bruno), c’est fantastique.

Vous pouvez aussi installer un logiciel comme Stellarium valable pour Mac et PC. Alors vous entrez dans une autre dimension. Vous voyez le ciel qui bouge centré sur l’étoile polaire. Tout le ciel bascule doucement. Je finis même par avoir des points de repère qui m’indique fort modestement ma position très approximative. Nous avons tous rêvez de voler quand nous étions enfants. Moi j’ai été marqué en plus par la « Guerre des étoiles » et Luke « Marche dans le ciel ». Quand vous êtes face à ce ciel constellé d’étoiles vous vous sentez vivant et … réduit à un grain de sable errant dans l’espace. L’insignifiance de votre être vous force à rester modeste.

Le lendemain, lundi, je mets une ligne de traîne celle qui nous fit la remontée de l’Afrique du Sud, mais aussi une ligne montée sur un gros moulinet que m’a offert mon Oncle Serge. On se dit qu’on va bien finir par pêcher en changeant de fil, de leurre, de technique …

Pour les enfants c’est le début de grandes doses de CNED avec des évaluations à la clef. Vers midi, je tente de prendre une méridienne du soleil au sextant, mais mon calcul erroné, me fait croire que je l’ai loupé de quelques minutes (en fait elle était moins d’une heure … après, et oui nous sommes en UTC +1). La journée se passe avec la compagnie un peu bruyante de Monsieur diesel. La bonne nouvelle, c’est la visite de deux dauphins, au couché du soleil. Le spectacle est toujours magique et la joie instantanée.

La nuit vient, et avec Rozenn qui m’accompagne, nous observons les étoiles. C’est la grande phosphorescence du plancton qui l’impressionne, dans le sillage du bateau. Nous allons même avoir une vision incroyable, de très courte durée : un dauphin de nuit. Difficile de vous décrire cette magie mais je tente le coup ! Plus vous allez vite et plus vous agitez le plancton, donc plus il est phosphorescent. Avec Rozenn, le vent était légèrement revenu avec la tombée de la nuit, sous voile, le sillage d’Appaloosa était phosphorescent. Par contre quand c’est un dauphin, avec la vitesse bien supérieure qu’il atteint, c’est tout l’animal qui se retrouve phosphorescent. Plus exactement sa silhouette se trouve découpée et entourée d’une lumière surréelle ainsi que la traînée que l’animal génère. Cela n’aura duré que quelques secondes, mais elles resteront gravées. Là vous vous dites que 1) le Capitaine a bu un coup de trop. Non ma fille peut témoigner. 2) vous êtes en présence de magie. OUI votre âme d’enfant ne peut rester insensible devant tant de beauté qui semble irréelle et tellement éphémère.

Mardi 9 octobre 2012. Midi, Lucas décide de se faire un jus d’orange. Alors qu’il voulait vider le pressoir, celui ci tombe à l’eau. Il a l’air de flotter. Je décide donc de faire demi-tour, cela servira de pédagogie pour tenter de récupérer un objet tombé à la mer. Sur le chemin du demi tour, nous avons eu droit à un spectacle rare : une tortue qui se reposait à la surface, elle est posée là nonchalamment, au milieu de rien. Elle me rappelle celle que nous avions vue, avec les équipiers, lors de la remontée d’Afrique du Sud, peu avant les Açores. Toujours magnifique, avec ses gros damiers sur la carapace. Et puis, elle a du entendre les variations du moteur, elle a plongé. Du coup, les maigres chances de récupérer le pressoir se sont évanouies. Aucun regret cependant.

Le relevé de la méridienne du Soleil à son Zénith est réussie, mais pas les calculs. Heureusement il y a l’aide du professeur Bruno C, par sms sur l’iridium. Il faudra remettre cela, le manque de pratique ne pardonne pas, dans la manipulation du sextant. Une autre bonne surprise nous attend : une nouvelle visite de dauphin, là encore, comme le vent est toujours absent, il a l’avantage de rendre l’eau très transparente. Encore de belles photos dont vous pourrez voir les meilleures.

Les bonnes surprises n’arrivant pas seules, nous pêchons, ENFIN ! Ce sera une belle bonite de 3,5 Kg (voir le tableau de pêche, dans la rubrique de Lucas). Quelle fierté de ramener enfin quelque chose, et du bon. La bonite fait partie de la famille des thonidés, et au découpage le sang est très rouge et abondant. J’ai pris bien soin de rincer le bateau sitôt la bonite dépecée. Elle passera le midi même dans nos assiettes. Un seul regret pour Lucas : il y a trop d’arêtes. Mais rassurez vous sa propre pêche donne une saveur des meilleures au poisson. Une heure après ce sera une autre bonite légèrement plus petite ce coup ci. Nous ne sommes plus « Broucouille » comme on dit dans le pays de la Galinette cendrée. Bien contents.

Le début de nuit suivante nous voit déployer le code « 0 », j’espère que cela va durer, mais à 22h15 il nous faut repasser au moteur avec une inclinaison de cap supplémentaire qui nous fait remonter de plus en plus vers l’Ouest. Je dois réveiller Rozenn pour remballer le code « 0 ». Pas très contente que je la réveille, mais elle se rendort à une vitesse déconcertante. Valérie, elle jonglera seule avec un Cargo qui lui fera un peu peur … sans me réveiller.

Le Mercredi 10 ressemble aux autres jours d’un point de vue vent : l’anticyclone nous prive de vent, et c’est le ronron agaçant du moteur qui rythme la vitesse : à peine 5,5 nœuds, soit seulement 130 à 135 Miles nautiques par 24 heures. C’est loin des 180 Mn auxquels je m’étais habitué. Maintenant nous savons notre vitesse minimum sur le long terme, et encore nous sommes aidé par le courant estimé à 30 Mn par 24 heures pour les 2 premiers jours.

L’autre occupation ultra majoritaire à bord, comme je l’ai déjà écrit, est le CNED, et là, je ne peux pas dire que le capitaine en raffole. Vu nos quarts pour les adultes, nous levons tout le monde vers 8h30 au lieu de 7h00, Vu le rythme de la houle qui indispose légèrement les enfants les 2 premiers jours, vu que c’est la période des évaluations (contrôle à renvoyer), vu qu’il y a toujours plein de choses à faire, à regarder, à se laisser distraire, résultat : le CNED prend toute la journée jusqu’à 18h. Pauvre professeur, qui n’a plus de temps pour elle et qui sature. Pauvre capitaine ! C’est tout juste s’il peut se réfugier ½ d’heure seul sur la plage avant. N’exagérons rien quand même ; les conditions auraient pu être bien pires. Et puis, nous avons voulu prendre de l’avance, de façon à ce que nous ayons du temps pour visiter Porto Santo.

Ce mercredi, nous avons encore le droit, pour la 3ème fois au spectacle des dauphins. Le plus fourni. En fait, nous voyons un gros banc de dauphins (50 ? 80 ? plus ?) qui vient droit sur nous, une belle route de collision par tribord. Les premiers obliquent leur trajectoire et viennent jouer devant l’étrave. Ils sont nombreux, jamais nous n’en avons eu autant .J’ai l’idée de mettre le 2ème moteur en route, et de pousser les machines de 1.800 tr/mn à 2.100 tr/mn. Bingo, les dauphins adorent : ils viennent encore plus nombreux, encore plus joueurs. Cela va durer une bonne ½ heure. Et puis, d’un seul coup, 2 s’enfoncent dans les profondeurs et nagent à une vitesse folle vers bâbord. Nous les suivons des yeux machinalement et là … rien que pour nous … ces 2 dauphins sautent ensemble, à environ 3 mètres de haut ! Comme pour nous dire bonjour ou nous remercier. Ce fut le bouquet final, puis, ils ont repris leur route. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a eu une communication entre nous et eux !

Le soir retour du vent, pour combien de temps me demandais-je ? En tout cas, il nous aura propulsé pendant plus de 3 heures ce coup ci, à une vitesse moyenne de plus de 6,5 nœuds. La dernière nuit, Valérie me réveille pour remballer le screecher, cela se fait sous la pluie ! De la pluie, cela faisait longtemps. Déjà, le feu du phare de Porto Santo, nous indique que la terre se rapproche, puis ceux sont les lumières de l’île, vous savez les lampadaires dont je vous parlais plus haut. Jeudi matin, après une autre courte visite de dauphins (décidément pas un jour sans dauphin), c’est la vision magique de la terre qui se découpe sur l’horizon.

Après plus de 3 jours de mer, pour tous, c’est un moment magique .Terre… une île qui se dessine. Les contours s’affinent, et avec l’arrivée, le soleil, les couleurs s’animent. Elle est très belle : des falaises qui sont décorées de veines de différentes couleurs : des bruns, des rouges, des beiges et des marrons. D’un aspect aride, nous savons que seuls le côté Nord, soumis au vent dominant qui apporte un peu de pluie, de temps en temps, la rend plus verte.

Que c’est bon de voir la terre ! Elle représente la fin de l’étape, le passage du continent aux îles, l’immersion un peu plus profonde dans le monde de l’itinérance, l’ouverture vers d’autres cultures, d’autre gens, l’AUTRE.

Toutes les photos ici

Dernière modification le Mardi, 13 Août 2013 17:36
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