BILLET N°30 : LES GALAPAGOS DU 4 AU 14 JUILLET 2013.

BILLET N°30 : LES GALAPAGOS DU 4 AU 14 JUILLET 2013.

Yann et Valérie

La peur des pirates.

Je reviens sur nos rencontres en mer pendant cette traversée Panama - Galápagos.

La 1ère fois qu’on voit un bateau au loin et qu’on le voit se rapprocher rapidement, donc fortement motorisé, on ne peut s’empêcher de penser : et si c’était des pirates ! Ce n’est pas la 1ère fois qu’on y pense, cela nous est (forcément) venu à l’esprit quand nous étions au large du Vénézuela, puis de la Colombie. Et que faire ? Prendre ses jambes à son coup, c’est un peu peine perdue avec la motorisation qu’ils ont aujourd’hui.

Et puis me revient en mémoire le choix de ne pas avoir d’armes à bord. Question délicate. Qu’est-on prêt à faire si nous nous sentons menacés ? Jusqu’à quelles extrémités est-on prêt à aller ? Jusqu’où l’enchainement des événements sous la pression nous fera faire l’irréparable. C’est pour cette raison que nous n’avons pas pris d’armes, elles peuvent engendrer l’escalade mortelle.

Revenons en à cette barque, la tension baisse quand elle s’approche, et disparaît quand s’amorce le dialogue. En fait, le dialogue se limite au langage des signes : ils joignent les doigts et font des va et vient vers la bouche. Ils disent « la comida » (le repas). En fait ces pêcheurs semblent démunis. Nous espérions un moment qu’ils nous proposent de leur pêche et c’est eux qui demandent à manger ! Nous leur donnons des oranges et un ananas, cela leur va à ravir.

Le bilan de cette courte histoire c’est que ce sont eux les pauvres bougres qui pâtissent de la réputation des pirates. Ainsi, moins de voiliers s’aventurent par ici. L’autre chose que je désire rajouter, c’est le respect que j’ai pour ces gens là, surtout dans les conditions ou ils le font ; la barque est sans cabine, mais il y a un pont dessous, sans hublot et mitoyen de la cale à poisson. Pas de protection en cas de gros temps, même si dans la région il est plutôt rare. Des conditions de vie limitées au strict minimum : j’imagine qu’il n’y a ni lavabo ni toilette. Il faut du courage, chapeau les marins, tous les marins du monde.

Nous arrivons aux Galápagos, sur l’ile de San Cristobal, jeudi 4 juillet, en fin d’après midi.

Les Galápagos sont un archipel du pacifique, à l’Ouest de l’Equateur dont il dépend, c’est une réserve de faune rare dans un parc national.

Elles sont connues entre autre grâce à Charles Darwin, un naturaliste britannique qui a rapporté une masse d’informations et de données. Ces informations ont été collectées au cours d’une expédition dans l’hémisphère sud, à bord du Beagle, commandée par le commandant Fitzroy. Ce périple a duré 5 ans et lui a permis d’établir sa fameuse théorie de l’évolution des espèces, devenue l’une des bases de la biologie moderne.

Pour Darwin, les individus présentent des variations imputables à divers facteurs (changement de milieu ou de nourriture, par exemple) qui modifient soit le corps, soit les cellules reproductrices. Ces variations sont soumises au crible de la sélection naturelle, qui exerce sur les espèces une action analogue à la sélection artificielle de l’homme sur les espèces domestiques, et qui conduit à l’accumulation progressive de petites modifications pour aboutir à la formation d’espèces naturelles nouvelles.

Le moteur de cette évolution est une lutte pour l’existence, pour l’accès à la nourriture et à la reproduction, qui conduit à la survie du plus apte.

Darwin, en opposition radicale avec la vision déiste du monde, a été largement critiqué et longtemps mal compris dans les milieux conservateurs et religieux. Il faut savoir qu’à l‘époque, avec l’emprise de la religion et l’application à la lettre par certaines doctrines, l’homme était considéré comme une création de Dieu, il ne pouvait donc pas être une transformation de la nature. Mais sa théorie a fini par s’imposer comme l’une des bases de la biologie moderne.

Depuis le XX siècle, le darwinisme a été réinterprété à la lumière des progrès de la génétique, pour donner naissance au néo-darwinisme. De plus, grâce aux avancées des progrès de la biologie moléculaire, on a montré que l’évolution n’est pas obligatoirement due à l’accumulation graduelle de changements très lents mais qu’elle peut aussi résulter de mutations brutales de grande ampleur.

Voilà, c’était la parenthèse Darwin.

A peine, avons nous jeté l’ancre, que des otaries prennent d’assaut les jupes

D’ Appaloosa.

Les enfants sont aux anges, des otaries, en vrai, et qui montent sur le bateau !

Moins d’une heure plus tard, un agent vient à bord, c’est Carmela, elle se charge de toutes les formalités d’entrée pour les Galápagos. C’est obligatoire ici. Elle nous a repéré facilement, nous sommes le seul voilier présent dans la baie.

Elle nous annonce aussi la douloureuse : 875 dollars pour 10 jours, bienvenue aux Galápagos !

Nous devons lui faire une multitude de photocopies qu’elle vient récupérer dans une heure. A son retour, elle est accompagnée des officiels, à savoir l’agent des douanes et l’agent de l’agriculture. Ce dernier nous supprime toutes nos oranges, nos cristophines, et notre orchidée. Il inspecte tous nos fruits et légumes, et inspecte le bateau. Carmela nous informe des centres d’intérêt de l’ile, de la possibilité de faire du gasoil…Tout se passe très cordialement. Et ce petit monde repart tranquille …avec nos sous.

Ici, pas besoin de mettre son annexe à l’eau, il y a des water taxis, pour un dollar par adulte, il nous amène à terre, on en profite pour faire un rapide premier tour, pour se dégourdir les jambes. Et nous découvrons que les otaries sont omniprésentes, elles squattent les bancs publics.

Le soir, nous sommes bien contents de nous coucher, en sachant que nous n’avons plus de quart à assurer, une nuit d’une traite.

Cependant, le lendemain, à 7h00, un sifflement répétitif nous tire du sommeil, nous nous levons Yann et moi, en pensant qu’on gène un pêcheur ?? Mais non, nous découvrons l’agent des douanes qui nous ramène nos passeports tamponnés (heu, ça aurait pu attendre, non ?), mais surtout il nous propose une sortie sur l’ile pour le dimanche suivant. En fait, notre agent des douanes se transforme en « tour operator »à ses heures perdues. Nous traitons finalement avec lui, ce qu’il propose nous paraît correct. Mais quand même, on sent bien qu’il avait peur que nous traitions avec quelqu’un d’autre dans la journée, d’ou son arrivée matinale. Nous sentons le règne du roi dollar pointer à travers ces attitudes, la réputation des Galápagos se confirme sur ce sujet.

La journée du vendredi se passe à la remise au propre d’Appaloosa intérieur et extérieur, en effet, la navigation depuis le Panama n’a pas été spécialement de tout repos, 9 jours de nav dont 7 au prés à se faire chahuter à l’intérieur, c’est crevant et dans l’intérieur du bateau, c’est le bazar.

Tout le monde s’y met comme d’habitude, et en un jour, tout rentre dans l’ordre.

Le douanier tour operator se prénomme Pablo. Au final, il est plutôt sympa et nous indique le mercado, il nous amène aussi un dépliant de l’ile avec tout ce qu’il y a à savoir.

Le samedi, nous nous y rendons, avec Yann, dans l’intention de tester les fruits et légumes, avant d’en acheter en grandes quantités le samedi suivant.

La ballade s’avère très sympa, les gens très accueillants et les fruits et légumes pas chers du tout. Au retour, on repère un mini supermarché pour quelques achats supplémentaires.

Le dimanche, nous nous préparons pour notre excursion dans l’ile, c’est Carlos qui nous sert de guide, il est retraité, lui aussi arrondit ses fins de mois. Il nous fait découvrir l’ile tranquillement, on commence par la ferme aux tortues terrestres.

Ces dernières peuvent vivre jusqu’à 180 ans, la doyenne de la ferme a 120 ans. Nous avons vraiment le sentiment, en les regardant d’être devant un animal venant de la préhistoire. Elle se déplace avec lenteur, ce n’est pas une légende et cela amuse beaucoup les enfants. La ferme s’occupe des œufs de tortues en les transférant dans un incubateur, en effet la température des Galápagos est en dessous de 28 degrés, ce qui donne majoritairement des œufs males, l’incubateur amène la température au dessus de 28 degrés, et là des œufs filles sont présents dans les pontes. C’est comme les crocodiles.

Une tortue met 25 ans avant d’arriver à maturité sexuelle, et elles ne pondent qu’une fois par an. La durée d’incubation d’un œuf est de 6 mois dans la nature, et de 4 mois dans l’incubateur.

Nous allons ensuite au volcan El Junto, mais malheureusement, le temps est bouché, et nous ne verrons rien.

L’étape suivante est plutôt atypique, puisque c’est la casa de Ceibo plus connu sous le nom de la casa de Tarzan. C’est une maison en bois construite dans un arbre à coton âgé de 330 ans. Tout y est, le pont suspendu, la cabane, l’abri sous l’arbre dans les racines, les lianes pour grimper, les enfants ne veulent plus partir. En plus, ils vendent du bon café avec un délicieux gâteau à la banane. Katell a décidé que plus tard ce sera sa maison.

Carlos nous emmène ensuite à la plage de la Lobéria, ou se trouvent des iguanes marins, là aussi, nous avons le sentiment d’être face à des animaux d’un autre âge. Les enfants vont même en caresser un qui à l’air d’apprécier beaucoup.

La ville de Puerto Baquerizo Moreno est principalement faite de maison non terminées , tout est en chantier , même les rues , ils sont en train de les paver.

Ce qu’il y a de sympa ici, c’est les restos, pour 3 à 4 dollars, on mange une soupe et un plat complet, on va abuser de la formule.

L’ile San Cristobal des Galápagos, restera sans doute un souvenir mitigé. Les américains y viennent, et les Equatoriens ont décidé de les plumer. Et là ils ont une arme qui a bon dos : la préservation de la nature. Toutes les taxes sont écologiques, cela les rend à peine plus digeste. Il faut payer pour avoir le droit de mouiller, payer pour poser le pied à terre, et vous ne pouvez visiter l’île seul : il faut payer un guide. La meilleure formule est encore de prendre un taxi à la journée, c’est moins cher, et vous allez à votre rythme. Je dis que l’écologie à bon dos, car nous avons bien vu que certaines parties de cheminement, de mise en situation de la flore avait été faites, puis ne sont plus entretenues. D’autres décorations ou clôtures, délimitations ont été faites à la va vite.

Cependant nous en garderons aussi de bons souvenirs. Ne serait-ce que pour l’évolution au milieu des animaux. Les phoques sont rois, et ils ne se gênent pas pour vous chasser d’un endroit de plage ou ils ont envie d’aller. Les oiseaux aussi, un petit genre moineau à dominance jaune prenait l’habitude de venir récolter les miettes sur notre table, et les derniers jours en notre présence. La puissance attirance des animaux agit comme un aimant surpuissant sur les enfants, et sur nous aussi il faut bien l’avouer. Qu’il est bon de garder une âme d’enfant et de s’émerveiller devant tout ce qui se présente. Cela tombe bien, le voyage est fait (aussi) pour cela. Pour cela nous garderons de bons souvenirs des Galápagos

Notre séjour de 10 jours touche à sa fin, le porte monnaie est très allégé et les filets plein de fruits et légumes. Notre regard se tourne vers le large. La boule au ventre est là aussi, sacré stress du départ. Ceci dit avec l’expérience, nous sentons que nous stressons moins que pour la Transatlantique, ou le Cabo de la Vela en Colombie.

Ce qui nous attend c’est la plus longue traversée : 3.200 Mn en orthodromie (ligne droite appliquée sur la sphère terrestre), soit 3 semaines et demi environ.

Pour la transatlantique nous avions parcouru 2.800 Mn en 18 jours. Les conditions de météo sont idéales, à priori : du vent de 10 à 15 nœuds, il faudra sans doute rajouter 5 nœuds à ces fichiers gribs (super). Ce vent sera de travers, puis de largue (110 à 150° du vent). Nous seront bercés par la grande houle du Pacifique. L’air se réchauffera doucement : nous partons avec 19° à 22°C (la mer est à 17°C/19°C) pour gagner les 25 à 27°C des Tuamotu, la mer pareille.

Les Tuamotu je vous dis ; que de noms qui font rêver : Fakarava, Apataki, Toau, Rangiroa. Beaucoup disent que ce sont les plus beaux endroits de la terre. J’ai quelques doutes : il y en a tellement de beaux endroits partout. Ce serait la gentillesse des gens qui ferait la différence. Nous vous le dirons mais pas avant un mois.

Dernière modification le Mercredi, 14 Août 2013 09:15
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