Jeudi, 18 Avril 2013 18:35

Billet n° 27 : La Colombie

Par Valérie

La Colombie, escale pas du tout prévue dans notre itinéraire, au mieux devait on faire Carthagène de Colombie. Mais voilà, depuis le début, notre itinéraire change sans cesse, au gré des rencontres des autres voiliers, des nécessitées techniques et de la météo.

En arrivant à Bonaire, nous rencontrons Hughes et Dominique, un couple de français sur Etoile, leur voilier, un RM 10,50. Ils repartent 2 jours après sur Santa Marta en Colombie, ou il y a une nouvelle marina, et ou, surtout beaucoup de choses peuvent être visitées au départ de Santa Marta.

Je fais donc des recherches sur les alentours de Santa Marta et découvre La Sierra Nevada, le parc Tairona et la cité perdue.

Nous voilà donc en Colombie à Santa Marta qui fait partie de la province de Magdalena, la population du département représente 2,5% de la population nationale, soit 1500000 habitants.

Santa Marta est la première ville des conquistadores, elle a été fondée par Rodrigo de Batisdas en 1525.

Nous y arrivons, la semaine précédent la semaine sainte, nous bénéficions donc du marché artisanal prés de la marina, marché très coloré, plein de musique et de miam à pas cher. .

C'est une ville de bord de mer, elle est très étendue, faites de petites rues bordées de maisons, sans premier étage. Les rues sont tranquilles, par contre les artères principales sont grouillantes de voitures, de mobylettes, de motos...et ça klaxonne dans tous les sens

La Marina est situé au cœur de la ville. L'accueil par les gens de la marina est excellent.

Santa Marta, c'est une ruche ou vous trouvez des choses inhabituelles chez nous. Il s'agit notamment d'une foule de petits métiers non déclarés.

Il y a les vendeurs de café, qui vous servent un petit gobelet de café toujours sucré, très suave. Les prix sont bas.

C'est un bureau campé sur la rue avec des téléphones enchainés à cette première : les « llamadas ». Vous demandez, le vendeur vous prête un téléphone portable qui ne partira pas bien loin au vue de cette chaîne, vous communiquez, une fois fini, vous payez votre coup de téléphone.

Bien sûr vous retrouvez des vendeurs de canettes de soda et bière partout.

Ici, c'est une petite charrette avec 2 aquarium remplis l'un de citronnade glacée inimitable, l'autre de pastèque en morceau dans leur jus glacé. C'est extrêmement rafraîchissant et cela coute 50 cts d'euros.

Là, sur le front de mer, vous trouvez ,le soir, des charrettes avec barbecue intégré, soit en plancha pour des galettes de maïs fourrées, soit sur le grill pour des brochettes de poulet ou de viande marinée

La Colombie de Santa Marta, c'est une ambiance bonne-enfant.

Le jour, le soleil plombe, vous transpirez pour un rien. Les ventilateurs ronronnent et hachent l'air épais. L'esprit latin est vraiment là : ça rit facilement, les filles sont habillées en n'hésitant pas à mettre leurs atouts en valeur.

Le soir, une légère fraîcheur accompagne la sortie des habitants. En bord de mer, les gens continuent à se baigner, bien après la tombée de la nuit. Le sourire est partout. Les gens sont gentils et n'hésitent pas à vous aider. Quand vous demandez un renseignement, les gens prennent le soin d'être sur que vous avez bien compris, voir, vous accompagnent, pour être certains que vous êtes sur le bon chemin. Nous nous sentons bien en Colombie.

Mais alors, la Colombie c'est sûr ? Vous en êtes sûr ? OUI et ENCORE OUI, pour les parties que nous avons vu, tant dans la ville, même une fois la nuit tombée, que dans les montagnes. Jamais nous n'avons été agressé, ni pour acheter, ni pour nous réclamer quoique ce soit. Oui, nous avons vu des policiers nombreux et armés de fusils mitrailleurs, mais il y en a tout autant, voir plus, encore devant les ambassades et édifices publics en France. Il faut savoir aussi qu'il y a une nette amélioration depuis 5 ans. D'abord les FARCS ont été repoussés et sont moins nombreux. Les américains, qui y ont des intérêts , sont plus présents aussi en Colombie comme touristes, d'ailleurs, nos voisins de pontons, sont des Américains de Seattle, et plusieurs grosses vedettes américaines sont sans leur propriétaires, pour certaines, ce qui indique , qu'ils laissent volontiers leur yacht pour revenir aux USA.

De plus, les colombiens ont vraiment à cœur de casser cette réputation qui leur colle à la peau à cause des FARCS, des dealers de cocaïne. Ils font tout pour être agréables, se mettent en quatre pour vous aider, ils veulent vraiment que le tourisme se développe, d'autant qu'ils ont un pays magnifique avec des gens très ouverts et accueillants.

Voilà pour l'ambiance.

Nous faisons ensuite les formalités d'entrée , à l'aide de Dino , notre agent , qui se charge de prendre nos passeports et de faire le tour des administrations de la ville pour nous ; et oui , il faut savoir que dans la plupart des pays latins , les formalités d'entrée et de sortie se font souvent par un agent , en l'occurrence , ici , c'est Dino , agent très accueillant et il répond à toutes nos questions sur le pays , un gars très bien, dont voici les numéros : (57)300 716 46 89 , (57)320 503 93 11, (57) 315 403 10 35 .

Ensuite, nous nous mettons à la recherche d'une agence qui pourrait nous proposer un trek dans les terres. Nous avions dans l'idée de visiter la cité perdue, par contre, c'est 5 jours de trek et déconseillé aux enfants de moins de 12 ans. Bon ben, raté pour la cité perdue, Katell n'ayant que 9 ans. On se rabat sur un trek de 3 jours, pour aller voir un village d'indiens Wimas à Wimaké, dans la Sierra Nevada. Le départ est prévu le mardi suivant à 8 h00.

Premier jour

Notre guide, Ejardo, nous accueille à l'heure prévue. On commence par deux taxis qui nous emmènent à un autre point de rendez vous, ou une jeep nous attend.

Mais comme nous sommes nombreux, seuls les enfants et moi, monteront dans la jeep, avec Nando au volant, les sacs à dos et la nourriture pour les trois jours. Yann et ejardo suivront à moto. Et là, direction Minca, à 17 km de Santa Marta.

Dés le début , je remarque que la jeep ne va pas très vite , pas plus de 20 km/heure , on se fait doubler par tout le monde, y compris les petites motos. Mais, on s'en fiche, on a tout notre temps .Le trajet nous donne un aperçu de la conduite en Colombie, un peu fouillis, mais tout dans la bonne humeur. Je tente de discuter avec Nando qui est le représentant de l'agence, mais il ne parle pas un mot d'anglais, on essaie en espagnol, c'est mieux, mais cette fois, c'est moi qui ne comprends pas tout.

Sauf, à un moment, suite à un drôle de bruit qui tape sur la roue arrière gauche, il dit problemo.

Aie ! On s'arrête, on regarde, ça semble être en rapport avec les plaquettes de frein, ni une ni deux, il démonte le pneu et enlève les plaquettes ! ça ne fera plus de bruit !

Pendant ce temps, un gars sur le bord de la route, s'approche, discute avec Nando, je comprends rien du tout, mais il semble très sympathique. Il fait très chaud, Nando vient à bout de la roue.

Lucas, lui, du coup, inspecte les autres roues et m'appelle, la roue arrière droite n'a plus de valve, elle perd son air. Je signale le second problemo à Nando, qui est déjà en nage !

Et rebelote, il démonte la seconde roue et la remplace par celle de secours qui est encore plus lisse mais qui ne perd pas son air, elle ! Parfois, il y a des choix à faire !

On repart sur Minca, ou nous attendent Yann et Ejardo, un peu inquiet, du temps qu'on a mis .Petite collation pendant que Nando fait réparer le pneu de la jeep et c'est reparti pour La Tagua à 21 km de là.

Mais avant, petite visite, à La Victoria, une propriété qui récolte, torréfie et vend le café, la plus ancienne de la région, on déguste donc le fameux café colombien et on en achète un paquet. Les enfants découvrent le travail de fourmi que font les gens d'ici, il trie à la main tous les grains de café en fonction de leurs défauts, taille, ...Ils s'y mettent même. Ejardo nous explique que 80 % du café colombien est exporté, les 10% restants ne suffisent pas à la consommation de la Colombie, du coup, ils importent du café vietnamien qu'il mélange au colombien.

Mais l'heure tourne et on doit repartir.

On avait déjà eu du tout terrain, avant, mais là, on est en plein dedans, ce n'est que du tout terrain jusqu'à l'arrivée, passage de rivière, ornières, nids de poules ...

Nous mettons plus de 2 heures pour parcourir les 21 km et nous avons un passager supplémentaire, Robinson, le cousin de Nando, un petit gars de 8 ans.

Inutile de préciser qu'il ne faut pas compter se croiser sur le sentier ou alors c'est au millimètre. D'ailleurs, on finit par arriver derrière un gros camion bus tout terrain, nommé CHIVAS, lui, il faut de la place pour le doubler.

Nous finissons par arriver à La Tagua, Yann et Ejardo sont là depuis 20 minutes, la montée a été sportive pour eux, dérapage de moto sur les graviers dans les tournants, bref ils se sont bien accrochés au conducteur ! C'est étonnant comment avec des motos de petites cylindrées, on passe partout ; nids de poules, marches, gravier, cailloux, rien ne fait peur aux 2 pilotes.

A La Tagua, on rencontre un gars qui a fait le trek qu'on va faire, il paraît surpris de nous voir avec les enfants, il nous prend même en photos (des fois qu'on ne revienne pas), nous explique que le trek est très dur, que la pente est raide ...

Houlà, c'est encourageant tout ça ! Bref, on verra, de toute façon, on est là.

Nando, lui, redescend en jeep avec le gars démoralisant.

On récupère nos sacs à dos, le gros sac de provisions qu'on charge sur une mule et nous voilà partis pour 3 km de montée jusqu'au ranch de Santa Helena, qui se trouve à 2.400 mètres d'altitude, on part de 1.800 mètres. Cela représente une pente moyenne à 20%. Dit différemment ; à chaque fois que vous parcourez 5 mètres, vous montez d'un mètre en hauteur.

Une heure trente de montée, la première demi heure, très dure pour les adultes, en effet nous sommes sur une partie très pentue , limite de l'escalade ,les enfants ,eux , marchent en tète avec Robinson, le petit cousin de Nando qui a 8 ans et fait ce trajet tous les jours ! Mais comment font ils ?

Mais la récompense est à la hauteur des efforts, le paysage, la vue sur La Sierra Nevada du haut de la Finca de Santa Helena est à couper le souffle ; la jungle est omniprésente en dessous , les cris qui en surgissent sont ceux de singes , d'oiseaux , d'insectes .

C'est le dépaysement total, après les différents bleus de la mer, voici la multitude de vert de la jungle.

La Finca Santa Helena est habitée par les parents de Nando, ceux sont des gens très simples, humbles et très accueillants, ils nous servent un repas avec les provisions amenées, c'est un délice et on mange typiquement colombien.

La Finca est aussi le refuge de vaches , de cochons , de chiens , de poules , bref , une petite ferme ou les enfants sont ravis de faire des câlins à toutes ces pauvres bêtes !

Ici, pas d'eau courante, l'électricité ne permet que l'allumage de trois ampoules maxi, la Finca est spartiate mais l'essentiel est là : la chaleur humaine, l'accueil.

C'est une constante depuis que nous sommes dans les pays sud américains, l'accueil est là, les gens n'ont rien mais ils vous aident, ils sont curieux de votre parcours, vous demandent d'ou vous venez, discutent de façon désintéressée.

Alejandro et Anna, ne font pas exception à la règle, l'échange est riche, et quand ils comprennent qu'on est arrivé, en famille, en COLOMBIE par la mer, en voilier, depuis la France, ils n'en reviennent pas, nous ne sommes pas des touristes à leur yeux, nous sommes des voyageurs et avons un mode de vie hors du commun.

Les questions fusent dans les deux sens, Ejardo, notre guide, qui parle l'anglais et l'espagnol traduit tout et nous apprend l'espagnol au passage.

Ejardo , aussi est une belle rencontre , nous échangeons beaucoup avec lui , sur les trois jours , pour lui aussi , le trek est une surprise , en effet , c'est la première fois qu'il le fait , il le découvre donc autant que nous , autant qu'il nous découvre et que nous le découvrons.

Le soir, nous nous installons dans des chambres dortoirs, avec des lits superposés, et des couvertures conséquentes, en effet, la température descend bas la nuit.

On ne traine pas pour se coucher, la nuit tombe très vite et demain, nous nous levons à 6h00 pour 5 heures de marche jusqu'à Wimaké.

Second jour : Départ de FINCA SANTA HELENA.

Par Yann

Réveil à 6h00 par Anna, comme prévu. Le froid, nous avions oublié ce que c'était, nous a plus ou moins réveillé. Au menu du petit déjeuner d'altitude : du chocolat et du café chaud, des galettes de maïs et une omelette aux herbes. Le jour n'est pas encore levé, mais il pointe. Les nuages sont toujours présents et nous baignent dans cette ambiance surréelle. Alessandro, le mari de Anna, sera notre guide, bien sûr Gerardo reste avec nous plus comme traducteur que comme guide. D'ailleurs pour Gerardo cette expédition est une première.

Vers 8h00, une fois la mule chargée nous partons. Il est prévu 7 km de descente en passant de 2.400 m à 750m ... sacrée descente. En moyenne cela va faire presque 25% de dénivelé.

En partant, les nuages ont la gentillesse de s'écarter un peu et nous laisse entrevoir un paysage splendide. Pour essayer de le décrire, c'est un mélange de steppe bretonne sur des montagnes grandioses. Le terrain est accidenté, on voit que l'eau ravine fort. Les collines sont vertes et quelques arbustes s'accrochent. Heureusement pour nous, il ne pleut toujours pas. Après quelques franchissements de crêtes, toujours en descendant, nous pénétrons dans un premier bois de feuillus et de résineux, mélangé avec des bosquets de bambous de grosses dimensions. Puis, c'est un retour à une végétation plus légère. Nous sentons au fur et à mesure de la descente que la chaleur revient. Pour sur que nos efforts y sont pour quelques choses, mais c'est indéniable. Le sentier est assez net, Alessandro donne rarement de la machette.

Et puis, c'est la foret, la jungle. Nos pas évitent les cailloux, les racines. Parfois c'est de la boue. Le sentier est beaucoup moins évident , on peut se tromper d'embranchement facilement , Alejandro nous mets en garde contre les serpents , attention de marcher bien au milieu du sentier et surtout , un adulte ouvre la marche.

Maintenant la moiteur est bien présente, nous transpirons fort. Lucas remarque que l'eau lui coule dans le dos, nos T-shirt sont trempés. La douleur musculaire commence à se faire sentir chez les enfants. Nous faisons quelques pauses, des biscotes et du fromage sont les bienvenus.

Et puis, vers 12h, la pente s'adoucit, nous longeons une rivière tumultueuse qui nous enchante par son vrombissement. Je rêve de m'y baigner. Je sais avec joie que c'est au programme ... plus tard. Enfin, après plus de 4 heures de marche, nous apercevons une première habitation avec une petite fille pour seule occupante lors de notre passage. L'arrivée approche, et les enfants, comme Valérie et Gerardo en ont marre. La fatigue ankylose les muscles et le moral. Cette habitation donne du baume au cœur. Mais ce que nous ne savons pas, c'est qu'il y aura encore ¾ d'heure de marche. Et là, comme dans toute épreuve ou course, plus l'arrivée approche plus c'est long ! Les enfants découvrent ce que mon expérience de la course à pied m'a apporté. C'est là qu'on voit que le moral est prépondérant. A 13 heures, nous voyons enfin le village de Wimaké.

C'est épuisés, que nous nous arrêtons sur le bord du chemin, une simple clôture sépare le village. Un, puis deux indiens viennent à notre rencontre. Il n'est permis aucun doute, ceux qui se tiennent devant nous sont authentiques. La marche que nous avons fait pour aller à leur encontre les coupe un peu du monde. Nos deux guides commencent à palabrer. Alessandro est connu. Notre venue ne semble pas avoir été prévue, normal il n'y a pas de téléphone, et Ejardo a essayé à plusieurs reprises de téléphoner avec peu de succès. Après 5 minutes, les formalités sont faites ; nous sommes acceptés dans le village. Tant mieux personne n'aurait été nulle part plus loin !

C'est aussi beau dans le décalage temporel que nous nous l'imaginions. Des huttes de terres séchées ou de branchages de palmiers sont disséminées. Les toits sont comme du chaume : de multiples épaisseurs d'une autre essence de palmier. Les indiens sont habillés, la plupart de lin blanc ; un pantalon et une sorte de vareuse. La coupe de leur vêtement est simple mais assure de l'aisance dans les mouvements. Certains ont un chapeau colombien, blanc aussi. Tous ont un physique bien marqué qui font leur identité d'indiens des montagnes. Nous retrouvons le physique des Péruviens, des ancêtres Mayas, Aztèques, Incas, etc....

Un indien nous guide jusqu'à un bâtiment en dur, à notre passage il y a peu de personne, et ils se cachent à notre passage. Le bâtiment en dur se révèle être une classe, et c'est dans cette classe que nous dormirons ... une 1ère pour nous tous. Elle semble ne pas avoir servi depuis quelques temps.

Señor Nando, le patron de l'agence Wimas Tour, arrive un peu après, avec le complément de l'avitaillement et le couchage. Le repas est fait par Alessandro, avec l'aide de Ejardo et la mienne. Tout le monde apprécie ce repas, les doigts de pieds en éventail. La douleur des muscles froids raidit les jambes des enfants, non de tous finalement. Après le repas, nous installons les hamacs dans la salle de classe. Pendant ce temps là, les enfants essayent d'approcher les enfants Wimas. Mais là, c'est la déception : la barrière de la langue fait obstacle, de plus les Wimas sont timides. Bien qu'ils nous acceptent, nous devons leur paraître étrangement ... étrangers. Même avec nous, les femmes se cachent à moitié, nous regardant à la dérobée, avec attention. Les enfants restent en retrait aussi.

Francisco est notre guide indien, il va passer le reste du séjour avec nous, pour nous expliquer son village, leur culture, leur mode de vie. Je ne résiste pas au plaisir de vous le raconter par le détail.

Wimaké (le village) est récent, il a été construit, lors d'une redistribution des terres par le gouvernement Colombien, il y a 24 ans. Il est donc cosmopolite dans le sens ou il est composé de plusieurs villageois qui sont issus de plusieurs villages, et de plusieurs ethnies indiennes différentes, mais toute, de la Sierra Nevada. Ce village regroupe 280 habitants représentant une soixantaine de famille. Mais alors ou sont-ils ? Le village paraît désert. En fait, ils sont tous au travail. Il ne reste que quelques femmes, celles qui ont les enfants en bas âge, et encore moins d'hommes que nous apercevons ; ils travaillent autour du village.

Au milieu du village, il y a 2 huttes particulières qui sont : celle du « Comissario », comprenez le maire, qui a les pouvoirs officiels civils. Il gère les mariages, les actes civils et autres cérémonies officielles vis à vis de la vie Colombienne. Et il y celle du « Mamo » ; la meilleure traduction serait « Chaman », c'est la première personnalité du village. J'y reviendrai.

Autour des huttes, vous trouvez des plantations de façon assez désordonnées mais regroupées cependant par espèce. La première plante qui symbolise bien les indiens c'est la coca, « Yuva » dans leur langue. Après, vous trouvez des bananiers et toute sorte de fruits et légumes. La basse cours est aussi présente et évolue libre comme l'air dans Wimaké. Poules, dindons, mules, cochons, et beaucoup de poussins que nos enfants capturerons et trouverons adorables. C'est si doux les bébés animaux !

J'en reviens au Mamo, c'est celui qui a le savoir. Il est choisi par le Mamo en place dès son plus jeune âge et éduqué dans ce sens (Star Wars n'a rien inventé). Le Mamo lui lègue tout son savoir : agricole, des plantes, du monde extérieur qu'ils connaissent, de l'équilibre de la nature, etc. Quand vient l'âge, le Mamo propose aux villageois ce nouveau Mamo. Ceux –ci sont libres de le refuser ; il faut qu'il y ait un consensus. Dans ce village il y a quatre Mamos. C'est le Mamo qui désigne ou seront plantés les arbres, ou seront installées les huttes, etc. C'est lui qui gère les litiges – pas ceux de la vie civile - non résolus par les habitants.

J'écrivais aussi que la coca est la plante des indiens. Ces arbustes munis de fines feuilles sont au centre du village comme de leur vie. C'est tout d'abord le Mamo qui désignera un des plus anciens, une des plus anciennes, voir un des plus vieux couples pour planter le coca à l'endroit qu'il aura choisi. Ensuite, ce sont les femmes, et elles seules, qui prendront soin de ces arbustes. Le moment venu, elles cueilleront les feuilles qu'elles donneront à leurs maris. Et seuls leurs maris le consommeront.

Comment le consomme-t-on ? Tout d'abord il faut parler du « Popolo ». A l'entrée dans le monde des hommes (14 à 16 ans) le Mamo (encore lui) offre à chaque homme (et uniquement les hommes) un Popolo. Il s'agit d'une cucurbitacée qui a été vidée et préparée. Il a une forme bien particulière (voir photo). La partie basse est brune, tandis que la supérieure à force de frotter le bâton qui sert de pilon est jaune. Les feuilles de coca coupées sont toujours dans le sac, typique, cousu par les femmes, et qui est en permanence en bandoulière. L'indien met dans son Popolo un peu de coca, qu'il pilonne. Après l'avoir gouté directement par le pilon, il le frotte le long du Popolo. Ce Popolo symbolise aussi l'accouplement de l'homme avec la femme ... Je trouve la photo assez explicite. Ce Popolo dure 15 à 20 ans, il sert aussi à enfermer les bonnes idées, les bonnes intentions du porteur. C'est donc aussi un objet spirituel.

Dans le village, il existe aussi des jours de travail communautaire. Tout le monde participe que soit à la récolte d'un champ, ou la construction d'une maison pour un nouveau couple. Dans ce cas, il n'y a qu'un repas par jour, tous ensemble, en fin d'après midi. Nous y retrouvons ainsi l'esprit unifié des villageois, quand ils sont loin de tout. Il y a une interdépendance beaucoup plus forte entre les villageois que dans nos sociétés modernes. Cela semble naturel pour eux. L'esprit de solidarité est des plus forts.

Après ce petit traité de la « vie sauvage » ou de l'homme « naturellement bon » quand il est dans la nature. (Rappelez vous ce que vous avez étudié à l'école avec le courant des romantiques et autres), nous avons été à la rivière nous rafraîchir. Une très jolie rivière bien fraîche, un fort courant, des chutes d'eau ... tout pour vous remettre d'aplomb. Nous avions là notre Jacuzzi naturel.

Le reste de l'après midi s 'écoule paisiblement, les enfants passent leur temps à attraper les oisillons, et à essayer de lier contact avec les autres enfants. Rozenn est très déçue de leur réserve, de leur fuite parfois. Mais avec le temps il y a une légère amélioration, trop lente pour notre impétueuse fille. Elle apprendra la patience plus tard. En fin d'après midi, les indiens rentrent au village, certains osent venir nous voir. Les plus courageux (qu'est-ce que l'on doit les intimider) engage la conversation. Nous remercions une nouvelle fois Jerardo de nous faire l'interprète. Il faut profiter des dernières lueurs du jour : il n'y a pas d'électricité. La cuisine se compose d'un évier, et d'une gazinière à bois. L'évacuation des fumées se fait par la porte d'entrée ou la fenêtre au gré de l'humeur du vent. L'odeur du feu me rappelle des souvenirs, notamment le bois familial. Que la flamme rassure ! Elle chauffe le repas et le cœur des Hommes. Pendant que Jerardo et moi finissons de préparer le repas, Valérie discute avec les Wimas dans le meilleur Espagnol qu'elle peut. Avec l'appui de l'appareil photo, elle explique d'ou nous venons, et que nous voyageons en bateau. Bientôt, c'est une petite troupe qui s'agglutine derrière mon épouse. Eux qui connaissent si peu de notre monde, ils posent directement les bonnes questions. Pourquoi faisons nous cela ? Il pense que cette vie que nous menons aidera beaucoup les enfants. Etonnant, n'est ce pas ? Déjà, ils désirent que l'on reste plus longtemps. Lorenzo un jeune indien qui coupait du bois, voudrait apprendre d'avantage l'Espagnol, et l'Anglais aussi. Il aimerait compter sur nous. Nous aussi nous sentons que cette étape est trop courte désormais.

Nous nous plaisons avec eux. Il faudrait rester une semaine, pour qu'ils s'ouvrent totalement, et qu'un échange riche et fort se fasse entre nous. Ainsi va la vie ! Mais elle nous apporte déjà tellement aujourd'hui. C'est un repas à la lampe frontale qui clôture la journée avant d'aller tester les hamacs. Là, il y a une technique pour bien se positionner et dormir à l'aise. Cependant, vu notre fatigue, nous ne mettons pas très longtemps à nous endormir, bercés par les bruits de la Jungle et du Tam Tam des wimas. Dehors des milliers de lucioles inondent la nature de légers flashs.

Troisième jour : Retour sur Santa Marta

Par Valérie.

Réveil à 6H00 pour un départ maxi à 7H00, en fait, comme le petit déjeuner se fait au feu de bois, nous partirons seulement à 8H00. En plus, on a tous un peu de mal à marcher après la journée de la veille. Naturellement, j'avais tendance à penser que la suite du trek allait vers la vallée, donc qu'on continuait à descendre. Après avoir discuté avec Ejardo, il m'explique que non, en fait, on remonte tout ce qu'on a descendu la veille, oups !

Là, c'est mauvaise surprise car ça grimpe sérieux sur 80 % du trajet. De toute façon, nous n'avons pas le choix, le retour se fait obligatoirement par là. J'annonce la bonne nouvelle aux enfants qui rient jaune. C'était déjà dur pour eux, le second jour, là, il va falloir sortir le Banania.

Au moment de partir, une des femmes de Francisco, m'offre un collier qu'elles ont fabriqué pour moi. Je les remercie, elles ont du apprécier le don de la petite trousse de secours que j'avais avec moi. C'est au moment de partir, qu'on se dit qu'il nous faudrait plus de temps pour communiquer avec eux, ils sont demandeurs mais très timides, et un temps d'adaptation est nécessaire pour établir une relation de confiance.

Nous quittons la quiétude du village pour le retour par la montagne de la Sierra Nevada, au moins 4 heures de marche nous attendent, Francisco nous accompagne, ainsi que Santo, un petit indien wima de 9 ans, qui avait envie d'être avec nous (pour lui c'est la promenade de la journée).

Dès la première demi heure, Katell a du mal avec son sac à dos, il est vrai que nous n'avons plus la mule pour porter les sacs à dos, du coup, Yann, lui prend son sac. Nous faisons des pauses régulièrement, en moyenne, toutes les demi heures /trois quart d'heures.

Lucas et Rozenn suivent et sont rapides, Yann et moi suivons et nous nous relayons pour aider Katell, Ejardo, notre guide a du mal, Francisco et Santo lévitent sur les sentiers, ils semblent progresser sans efforts, sans même regarder où ils mettent les pieds. Il faut dire que la Sierra Nevada est leur terrain de jeux depuis leur enfance et il n'est pas rare de trouver un groupe d'indiens, à plus de 3 heures de marche du village, en train de travailler, pour eux, ces distances sont habituelles, naturelles.

En chemin, nous croisons Nando qui accompagne des touristes à Wimaké, qui eux, ont choisi comme moyen de locomotion, le cheval, ils font l'aller retour dans la journée. Je me dis que la prochaine fois, ce sera le bon plan, mais en restant plus longtemps sur place.

Au final, nous mettrons 5 heures pour rallier la Tagua à 1800 mètres, je rappelle que le village wima était à 750 mètres. Ce fut long, éreintant, un pied devant l'autre et encore un pied devant l'autre, les enfants ont bien suivi, ils peuvent être fiers d'eux, ils ne pensaient pas être capables de faire ça.

Nous sommes arrivés à La Tagua, en marchant comme des robots, tellement, nous avions les jambes raides. Le repas servi à notre arrivée fut apprécié à sa juste valeur.

Francisco et Santo sont repartis, après avoir fait quelques emplettes à l'épicerie de La Tagua, pour le retour, ils ne mettront qu'une heure, en trottinant ! Et normalement, le trajet aller, il leur faut, quand ils sont seuls, sans gringos, 1h40 !!

Et nous, nous étions en train de nous liquéfier quand Ejardo nous disait cela.

La descente sur Minca, puis Santa Marta, se fera en 4*4 Toyota, beaucoup plus confortable que la jeep ou la moto de l'aller.

En l'espace de 2 heures, nous passons du calme du village de Wimaké, à la frénésie de Santa Marta, le changement est rude. D'autant que pendant notre absence, deux sonos ont été installées prés de la marina. On avait oublié, c'est la semaine sainte, los vacaciones ! ça veut dire musique à fond de 10 heures du matin jusque 3heures du matin, jusqu'à dimanche, on est jeudi soir !

Ejardo et Nando viennent découvrir Appaloosa, et nous posent plein de questions sur notre mode de vie. Pour Ejardo, les 3 jours ont été une expérience inoubliable, autant sur le plan humain que sur le plan physique.

Nous échangeons nos mails pour s'envoyer les photos.

Viens le temps de la douche , et oui , rien dans la jungle pendant 3 jours , pas de commentaires...Et , nous avons ramené des souvenirs ,des passagers clandestins , Katell , la première vient me voir , pour me dire qu'elle a des bêtes sur elle. Des bêtes ??

Nando nous explique, ceux sont des carapatas, des tiques tout simplement ; on en a au moins une trentaine chacun, des touts petits ....partout .

Nous allons passé les deux heures qui suivent à s'inspecter mutuellement pour enlever ces locataires qui ne payent même pas de loyer, et ensuite désinfecter tout ça. J'en trouve partout, jusque derrière les oreilles de Rozenn ! Et après, il faut les tuer en les écrasant entre les ongles, sinon on les retrouve le lendemain.

Pour nous, il est temps de réfléchir au départ de Santa Marta, nous prenons la météo, c'est elle qui décide. Nous décidons de partir le mardi suivant, en effet, trop de vent avant, nous avons 30 nœuds, rafale à 35, dans la marina et prévenons donc Dino pour la clearance de sortie.

Le lundi, nous faisons deux allers retour à pied, au supermarché, pour compléter l'approvisionnement, et surtout, on fait une bonne dizaine de machine à laver, un trek dans la jungle, ça salit ! Comme nous sommes en retard, nous décidons finalement de partir le mercredi, on aura plus de temps pour nettoyer le bateau, car l'escale Santa Marta nous a apporté plein de sable noir, on en trouve partout, à l'intérieur comme à l'extérieur d'Appaloosa.

Nous trouvons le temps d'aller au mercado de santa Marta, pour acheter une machette avec son fourreau de cuir, Lucas est ravi.

L'escale de Santa Marta fut une belle surprise, surtout le village de Wimaké, les enfants s'en souviendront toute leur vie, l'expérience fut intense sur tous les plans, humaines et physique. Nous avons mis 2 à 3 jours à remarcher normalement, voir à pouvoir marcher tout court, pour moi, le lendemain. Nous aurions aimé pouvoir rester plus longtemps à Wimaké, les indiens aussi, auraient voulu nous voir rester. L'échange aurait été plus profond, plus intense, plus instructif. D'ailleurs, ils attendent notre retour, car une famille qui prend la peine de traverser la montagne pour aller les voir, et qui reste dormir, ils n'en voient pas souvent, surtout quand cette famille a traversé un océan avant.

Pour ce qui est de la perception des enfants , les filles ont été un peu déçues , elles ont essayé de communiquer avec les enfants wimas , en discutant , en faisant des dessins , mais la plupart ne leur répondait pas et se contentait de les observer , parfois en riant . Du coup, elles étaient un peu vexées, ne comprenaient pas leurs réactions, mais sont revenues enchantées des paysages qu'elles ont vus. Lucas a apprécié, preuve en est, quand il nous a dit dans la jungle, le second jour, qu'il ne voulait surtout pas se trouver ailleurs qu'ici.

Pour nous, les parents, cela rassure de savoir que les enfants aiment le voyage, malgré le fait qu'ils râlent parfois. Nous savons que ce genre d'expérience les marquera pour la vie.

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Lu 15563 fois Dernière modification le Mardi, 13 Août 2013 18:31

4 Commentaires

  • Lien vers le commentaire gérard desson Lundi, 17 Juin 2013 20:26 Posté par gérard desson

    Bien vous repartez, je vais pouvoir continué à vous suivre virtuellement.Je vient de lire les grandes ballades d'Antoine(le chanteur-navigateur)son livre est bien "Au bout de mes rêves"ses souvenirs de 1974 à 2004.Allez! a vous de me faire "baver"et bon vent. le matelot gégé

  • Lien vers le commentaire Hervé et Catherine Mercredi, 12 Juin 2013 12:23 Posté par Hervé et Catherine

    Hello vous 5 !
    Alors ...back on board ? le voyage s'est bien passé ?
    Les petits pincements mélangés aux frissons de la joie de repartir ? J'imagine le mélange des émotions !
    Ici , comme pour dire notre tristesse de vous voir partir ...c'est novembre en Juin !!!
    Et demain ...comme pour vous accompagner au soleil de Panama ...ce sera Août à l'avance !!!
    Si si la météo participe !
    Allez ...biz aux mousses ...amitiés à tout l'équipage ...et on vous souhaite tout le bonheur du monde
    pour vos retrouvailles avec Appaloosa !
    @ bientôt
    H & C

  • Lien vers le commentaire Catherine  Hervé Samedi, 27 Avril 2013 15:28 Posté par Catherine Hervé

    Jules Vernes , Indiana Jones , Kippling ...n'ont qu'à bien se tenir ! vous êtes au sommet de votre art de navibaroudeurs ! ...sans blague , très jolis billets qui nous transportent ...merci pour ces bulles vertes et bleues qui nous oxygènent ! bizz et amitiés !
    Catherine & Hervé

  • Lien vers le commentaire bruno Vendredi, 19 Avril 2013 20:43 Posté par bruno

    Super billet, j'ai eu des crampes aux mollets en le lisant, mais j'ai aussi mangé du chocolat origine Vénézuela (désolé j'en n'ai pas de Colombie) pour avoir le "goût" de votre voyage.
    Amitiés
    Bruno

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