Jeudi, 18 Avril 2013 18:33

BILLET N°26 : TRAVERSEE ARUBA - SANTA MARTA – COLOMBIE

Du 20 au 22 mars 2013.

Yann

C'est avec une certaine appréhension que nous partons d' Aruba. Devant nous, il y a le trop fameux « Cabo de la Vela ». De France, vous m'interpellez, et me dites « Que es ? » et bien, nous non plus, avant les Antilles Néerlandaises, nous n'en n'avions jamais entendu parlé. Il s'agit d'un des dix caps les plus durs, les plus dangereux du monde.

Au même titre que le passage du Cap de Bonne Espérance, plus justement appelé en Afrique du Sud, le cap des tempêtes. Plus près de chez nous le Raz de Sein, le Cap Creux en Méditerranée et le Cap Finisterre, sont des passages redoutés des marins. Le passage dangereux ne concerne pas que le Cabo de la Vela, mais la zone de Punta Gallinas à Carthagène, mais, nous nous arrêterons avant.

Et puis, pourquoi est il dangereux ? Puisque après tout, ici il fait beau et chaud, on navigue en T-shirt toute l'année ou encore avec moins ! Nous sommes sous le régime des Alizées une bonne partie de l'année, des vents réguliers mais qui peuvent être soutenus (25 à 30 nœuds), et en plus nous sommes en dehors de la zone cyclonique, hein, alors pourquoi ?

D'abord comme tous les caps, il provoque un phénomène d'accélération du vent, avec une déviation de celui ci. Mais surtout, c'est la mer qui est mauvaise. Avec 20 noeuds de vent, la mer est équivalente à 35/40 nœuds. Plusieurs raisons expliquent cela :

1. Un différentiel de niveau sous marin très important : des côtes à 20 miles de celles ci, vous passez de 0 à 2.000 m de profondeur ! Cela tout le long de la côte. Donc, la mer vient buter sur cette brusque remontée, ce qui la rend cassante, et surtout avec une fréquence courte. La fréquence, c'est le temps qui sépare 2 vagues, en Atlantique, elle est de 8 à 12 secondes, ici, elle est de 4 à 7 secondes ... Une houle courte est très inconfortable qui augmente le risque de casse pour le bateau qui cogne sans cesse.

2. Le courant subtropical lui aussi, bute sur la côte et lève les crêtes des vagues.

3. L'effet de Golfe, comme le Golfe de Gascogne, nous nous trouvons dans le fond de la cuvette Caribéenne, les vagues et la houle ricochent contre les côtes et font une mer croisée.

4. Le vent lui est caractériel, à cause du relief. Nous sommes face à des montagnes qui culminent à plus de 5.000 m d'altitude, le « Pico de Colomb » avec ces 5.800 m supplante notre Mont Blanc. Il s'agit des plus hautes montagnes côtières du monde. Et le vent dans tout cela me direz vous ? Et bien, nous allons naviguer dans l'endroit exact ou la mer tropicale se conjugue à un air montagnard froid et sec. La rencontre des masses d'air chaudes et froides n'est jamais bonne. Elle donne lieu à des changements et des accélérations brutales de vent.

Une fois que nous avons bien intégré ces informations, nous avons attendu la bonne fenêtre météo, ici plus qu'ailleurs, et en se souvenant du Cap Finisterre ou nous avons laissé quelques plumes. Une fenêtre ou il était annoncé 10 à 15 nœuds de vent, sachant qu'avec les fichiers grib et pour ce passage, il faut rajouter 10 voir 15 nœuds. Pour plus d'info ,reportez vous au site Etoile de Lune, onglet Colombie- météo, il est très bien présenté, détaillé et fait part de témoignages.

Nous voilà donc parti le 20 Mars, la fenêtre s'est faite désirée, mais elle est belle et longue (48h).. Nous nous dirigeons d'abord au quai des douanes pour faire les formalités de départ. Arrivé à 16h50, avec une magnifique manœuvre de prise de quai en béton, nous repartons à 17h40. Nous contournons Klein Bonaire par le Nord et Cap sur le Nord des îlots Monjes qui appartiennent au Vénézuela.

La vitesse augmente petit à petit, avec le vent qui ne subit plus les effets de la côte au vent et les bons réglages de voiles. La nuit tombe sans encombres, Appaloosa trotte. Les vagues sont déjà courtes avec une fréquence de 6 secondes. Le jour du Printemps (Ah ! Que l'hivers nous a été doux), à 3h00 nous passons les îles Monjes, légère variation de cap pour « Punta Gallinas ». Dès le début nous avons pris un ris dans la Grand Voile en prévision du Cabo de la Vela.

A 8h, je réveille les enfants, nous distinguons des Montagnes dans le lointain. Au fur et à mesure que la terre se rapproche, nous voyons qu'elle reste aussi désertique que les Antilles Néerlandaises et le Vénézuela, sauf que ces hautes Montagnes se dessinent de plus en plus. A 9hOO nous passons la Pointe des poules ... je sais Punta Gallinas, ça fait plus sérieux. Le ciel est bleu, un gentil force 4, conforme aux prévisions, nous pousse.

A 10h30 une nette démarcation se voit sur l'eau. Nous pénétrons dans une eau verte et épaisse. Le courant n'est plus avec nous, même, peut être contraire. Nous changeons d'amure en descendant au 150°. Vers 14h00, nous passons entre 6 tankers ancrés devant la raffinerie Colombienne de Puerto Bolivar.

A 15h, nous sommes en approche du fameux Cabo de la Vela. Le vent est à force 5 et comme suggéré, 10 noeuds de plus que les fichiers météo. Et nous le passons sans encombres. Je n'ose me relâcher, car je sais que nous avons franchi le cap, mais pas la zone dangereuse.

Il y a 2 écoles pour ce passage. Celle de Jimmy Cornell (notre gourou à tous, les marins au long cours), celui ci recommande de passer au large du cap dans la zone des milles brasses (je vous laisse chercher ce que vaut cet anglicisme en terme de mesure), ce qui permet d'être avant le talus continental et de limiter les effets de mer mauvaise.

C'était du temps ou la côte Colombienne n'était pas sûre. Depuis 5 ans, les américains notamment, proposent de longer les côtes, outre de profiter de paysage, il apporte une baisse du vent, par contre, il faut se trouver à 2 miles des côtes ou moins, de façon à rester juste après le talus continental, ce qui équivaut à une profondeur de 100 à 200 mètres. C'est cette option que nous avons prise, même si elle rallonge un peu le chemin, la sécurité d'abord. De plus la côte est franche et n'offre pas de danger particulier, à part 2 plates formes gazières, largement éclairées.

Revenons donc à notre navigation, puisque les conditions sont bonnes, et que la nuit arrive, je propose de tracer plus droit, vers le prochain cap « Cabo de la Aguja », celle qui précède la baie, ou est niché Santa Marta.

Vers 22h, nous distinguons des lumières, elles seront confirmées : ce sont 2 plates formes gazières. Le ciel se couvre et le vent tombe en fin de nuit, comme prévu. Pour l'instant tout se passe bien, et nous voyons le bout. Avec un appui moteur, le jour se lève. Katell est la première levée, et à 9h20 nous larguons le ris par vent arrière, avec mon plus jeune mousse, cela se passe bien. J'ai décidé de larguer le ris, parce que je voulais être sur, d'arriver de jour.

A 12h, la côte est en vue quand nous sommes seulement à 6 mn d'elle. En fait, de gros nuages couvrent les montagnes. Il fait beau en mer, et c'est très couvert à terre. Au fur et à mesure que les minutes passent, la Colombie se révèle à nous. La chaine de montagne, malgré les nuages, grandit, et nous surplombe. Sa majesté nous écrase, nous rend tout petit. Retour au continent, première approche pour tous, du continent Sud Américain. C'est grandiose, sur la mer nous nous sentons petits, et au pied de ces montagnes, encore plus minuscules.

A 15h00, nous franchissons le dernier Cap, nous nous trouvons rapidement dans le chaudron du diable. Il y a seulement 16 à 20 nds de vent, et la mer déferle, elle paraît vraiment 10nds de plus. Nous nous félicitons de la passer dans de bonnes conditions, et nous nous demandons ce que ce serait ,avec seulement 10nd de plus et des vagues qui seraient de 3 à 4 mètres au lieu des 2 mètres actuels.

Passé le Cabo de la Aguja, nous nous trouvons rapidement à l'abri des vagues, par contre, le vent augmente avec des rafales, effet du relief. Nous distinguons vite l'îlot rocheux entre lequel nous devons passer, et nous distinguons de gros navires amarrés. La seule inquiétude c'est que nous arrivons dans une marina récente qui n'est pas répertoriée sur mes cartes électroniques et je n'ai pas de carte papier de la Colombie. L'approche est bien balisée, nous distinguons les mats des navires de la marina Santa Marta. Elle est au coeur de cette grosse ville de 250.000 habitants.

A 17h00 nous sommes amarrés, les « marineros » nous ont aidé, l'accueil est chaleureux, et déjà la Colombie nous envoute.

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Lu 8099 fois Dernière modification le Mardi, 13 Août 2013 18:27

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