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Vendredi, 07 Décembre 2012 18:36

TRAVERSEE DE L’ATLANTIQUE du 5 au 24 décembre

Ici toutes les photos de la traversée

  Bulletin N°1 - Bulletin N°2 - Bulletin N°3 - Bulletin N°4 - Bulletin N°5 - Bulletin N°6 - Bulletin N°7 - Bulletin N°8

Bulletin 1 du 5 au 7 décembre 2012

Le 5 décembre
Le départ, le vrai a bien eu lieu. Nous avons quitté le Port de San Sébastian de la Gomera à 16h30. Nous nous sommes retrouvés à quelques miles du port pour faire des exercices de récupération d’homme à la mer. Un pare battage lesté d’un sceau a bien voulu se dévouer, et par 2 fois nous l’avons bien récupéré. Chacun a eu un rôle différent à chaque fois. Cet exercice a permis de faire baisser un peu le stress du départ.

Le vrai départ a eu lieu à 17h20 toujours au moteur, le vent étant porté absent. C’est l’avantage de ce 2ème départ qui permet au enfants et à Valérie de ne pas souffrir du mal de mer. Quelques coups de téléphone à ceux que nous avons pu avoir pour les rassurer et nous voilà partis. La nuit est venue nous cueillir à 18h30. Un seul bateau de croisière le « Costa Luminosa » sera venu à moins de 2mn nous doubler pour aller à la Barbade. Il est vrai qu’il portait bien son nom : allumé comme une guirlande de Noël, il était visible à des miles. De temps en temps on sort le génois, puis nous le rentrons par manque de vent. Miles nautiques parcourus : 37 en 6,67 heures, soit 5,54 nœuds. Il reste 2626 Mn (une paille)

Jour 2: le 6 Décembre.
Toujours au moteur, le totalisateur de Miles indique 2O mn pendant la nuit. Il est malade ! Non en fait il a fait le tour de son cadran, rendu à 10.000 mn il recommence à 0. Le réveil sonne pour 7h00 comme d’habitude, nous avons décidé de ne pas changer le rythme de l’école, nous ferons des siestes plus longues. La première journée, comme celles qui suivront, est la rentrée dans un nouveau rythme. Le stress baisse un peu, mais nous nous réhabituons aux bruits du bateau en navigation. A l’écoute de tout bruit
suspect, suite à la précédente mésaventure. Nous traînons un fil dans l’eau sans succès. Dans cette journée, nous
décidons après lecture des guides, et de l’adéquation avec notre parcours, d’atterrir à Hillsborough, Carriacou, Grenada, contre Georgetown, Saint Vincent comme annoncé précédemment. Enfin j’ai passé ma journée la tête dans le fond de cale à réparer une pompe d’eau grise qui ne voulait pas fonctionner. Mais elle fonctionne à présent.

Les chiffres.
Position à minuit 27°33,7 N et 17°30,2 W
A 12h20 : 26°57,4 N et 18°34,8 W
Distance parcouru 135 mn, soit 5,62 nœuds de moyenne.

Jour 3 : le 7 décembre
Ce matin, le lever sur l’océan est de toute beauté. Le vent arrive vers 5h00 et nous arrêtons enfin les moteurs. Puis en fin de matinée c’est le screecher qui remplace le génois, Appaloosa part au trot. A midi nous décidons de perdre une heure. Nous sommes donc à UTC -1.Enfin j’ai perdu un leurre par usure d’un émerillon de la canne que Serge nous a offert. Il y avait certainement quelque chose au bout vu le fil dévidé. Le résultat est que nous sommes toujours bredouilles.

Les chiffres : position à 00h00 26°28,4 N et 19°41,4 W
A 12h00 26°03 N et 20°53,4 W
Il est 16h00 UTC – 1 et le vent retombe. Cela sent le moteur j’en ai bien peur. Notre position est 25°52.1 N et  21°22.7 W.
De 0h00 à 16h00 nous avons parcouru 98 Mn 5,76 noeuds.

Bonne soirée à tous


Bulletin 2 du 7 au 9 Décembre

La journée de vendredi se terminera par le retour du vent. Il est un peu plus fort qu’annoncé, si bien que nous nous passons avec joie du moteur. La nuit verra le vent osciller de F 2 à Force 4.

Samedi 8 Décembre : grâce mâtinée c’est le weekend. Lucas fait son premier remplissage du livre de bord, et Rozenn ces premiers points sur la carte. Le chemin parcouru est petit mais pas négligeable. Pour le bricolage j’ai essayé de régler un problème d’eau qui remonte par les toilettes des enfants. Pour l’instant c’est non résolu. Et puis j’ai règler toutes les portes de placard qui ont travaillé avec les navigations. Pendant toute la journée et la nuit qui viendra j’ai vraiment l’impression que l’océan respire : la houle petite et longue accompagne la variation de vent en force et en direction. J’apprécie particulièrement d’être à l’avant seul à regarder l’immensité de l’océan, cela apaise et impossible de s’en lassé. Et puis quand en plus quelques dauphins viennent vous accompagner c’est magique. Pour la météo, un coup nous mettons le moteur, un coup nous l’arrêtons. Tout le monde commence à bien s’adapter à cette vie à bord en hauturier. En fin d’après midi nous décorons un petit coin du bateau de quelques boules et guirlande de Noël. La nuit se passe bien.

Les chiffres.
0h00 (UTC-1): position 25°34,7N et 22°10,1 W
12h00 25°04,7 N et 23°29,2 W
Cap général 235/240°
Distance parcourue (toujours de 0h à 0h) : 137 Mn, soit une moyenne de 5,7 nœuds. Nous progressons un peu et plus à la voile qu’au moteur.
Pêche : nulle

Dimanche 9 décembre
Ciel couvert, mais la température devient meilleure. Nous nous approchons du symbolique Tropique du Cancer qui est quelque chose d’attendu par les enfants. Cela représente les cocotiers, les palmiers et les plages de sable blanc. Maintenant ils savent aussi que cela représente l’inclinaison maximum du soleil  donc au solstice. Hasard nous allons le passé alors que le soleil sera proche du maximum opposé : le tropique du Capricorne.A 10h nous remettons le moteur et nous sommes toujours avec. D’après la météo, et j’attend confirmation de notre routeur nous devrons attendre le 11 pour toucher de façon durable du vent.Le grand moment de cette journée qui n’est pas finie c’est la pêche. Notre première dorade coryphène, elle fait 47 cm et 2,5 Kg. Au moment ou j’écrivais ces lignes, la canne crépite … Je m’absente … Je reviens pour vous dire que nous venons d’en prendre une 2ème de 63 cm et 4 Kg. (Bruno C.  Il ne nous manque plus que 41,5 Kg à pêche).

Il est 15h15, il fait beau et chaud, notre position est 24°04,6 N et 25°37,6 W. Nous faisons un cap au 245, nous alternons toujours moteur et voile, et depuis 0h00 nous avons parcouru 74 Mn. Je vous laisse, il faut que j’aille vider et préparer la 2ème dorade coryphène, un mâle (il a la bosse frontale où loge le cerveau, par rapport à la femelle)


Bulletin 3 du 9 au 12 décembre 2012

La fin d’après midi du 9 me voit éplucher la 2ème dorade. Nous dégustons tous la 1ère en apéritif en recette tahitienne (marinade dans du lait de coco, citron et aromates) préparée par Valérie. Tout le monde trouve cela délicieux. Dans la nuit, nous passons la ligne imaginaire du tropique du cancer (23°26’), d’ailleurs depuis 2 jours il fait plus chaud, nous nous disons que nous allons enfin pouvoir ranger définitivement les couettes. Pour l’histoire monsieur soleil (la terre en fait) se rapproche du tropique opposé, qu’il atteindra le 21 décembre.

Miles parcourus : 122, soit 5,1 nœuds de moyenne. La plus faible depuis le départ.

Le 10 décembre

Position à minuit : 23°30 N et 26°21 W
A midi 22°56 N et 27°13 W
Peu après le lever du jour, j’aperçois des cétacés, mais ils sont trop loin pour savoir de quoi il s’agit. En tout cas, ils sont plus gros que des dauphins sans faire la taille de baleines adultes. La pétole revient en force, et ce sont nos moteurs en alternance qui nous font progresser. Je fais le transfert du plus gros de ma réserve de gasoil (3x25 litres). A midi nous croisons notre 1er cargo depuis la transatlantique, sans doute un chimiquier : le « Cape Baltic » qui  se rend à Rotterdam. Pour les
dorades coryphènes, on remet cela avec 3 prises en tout, dont la plus grosse de 66 cm et 3 kg. Ce qui est étonnant, c’est que nous observons des dorades et des thons
jaunes qui nagent à côté du bateau, pendant plusieurs heures. Ils sont magnifiques, avec des couleurs à peine croyables. J’aurai bien voulu un thon aussi au bout de ma ligne. La journée et la nuit finissent au moteur, mais sur les fichiers météo, c’est la fin de la pétole.

Miles parcourus : 112 mn, encore plus faible, soit 4,7 nœuds. J’espère que nous ne battrons pas ce record.

Le 11 décembre.

Ce sera une JOURNEE NOIRE. Le vent est revenu, dans la nuit mais il finit par dépasser régulièrement les 20/22 nœuds. Du coup au changement de quart de 5h, nous décidons de rouler le code 0 pour le remplacer par le génois. Je rappelle pour la compréhension de ce qui va suivre que le code 0 est comme un génois, en beaucoup plus grand (116 m2 contre 55 m2), sauf qu’il n’a pas de guidant rigide, si vous l’affalez, il a autant de consistance qu’un spi lourd. Bref, par une erreur de manipulation le code 0 se libère totalement, résultat il s’enroule mal sur lui même et créé une poche d’air. Nous ne pouvons le laisser comme cela, et le dérouler est maintenant impossible. Il a fait des nœuds sur lui même. Nous sommes obligés de l’affaler, hors le vent est trop fort par vent arrière : il part devant et nous ne pouvons le ramener. Résultat en larguant trop la drisse (le bout qui sert à monter et descendre les voiles) pour prêter secours à Valérie, et pour le ramener sur le pont , le code 0 passe à l’eau en partie, puis très rapidement toute la voile. L’incident s’aggrave : il passe sous le bateau. Il y a tellement de pression par l’eau que nous décidons de le larguer de son point d’attache (le bout dehors). Et là, celui ci s’arrache. Nous réussissons, avec Valérie, et  Lucas, venu à la rescousse, à le remonter avec difficultés, le bout arraché sur le pont.Nous larguons finalement le code 0 par la base (emmagasineur). J’ai espoir de le récupérer par la têtière qui est encore accrochée à la drisse, mais nous découvrons que le code 0, qui nage à la surface, est déchiré. La mort dans l’âme nous décidons de l’abandonner. Malheureusement cela ne s’arrête pas là. Voyant que nous n’étions plus manoeuvrant, j’avais démarré le moteur opposé à la voile dans l’eau, pour nous stabiliser et limiter la traction de la voile sur le bout dehors. 

De retour au cockpit, il est arrêté. Même entièrement largué, le code 0 reste accroché au bateau. Nous sommes donc à la dérive, impossible avec les voiles de se déhaler et de se libérer du code 0, le poids de la voile nous remet face au vent, plus efficace qu’une ancre flottante. Valérie décide de ne surtout pas démarrer les moteurs, il faut attendre que le jour se lève. Fourbus, éreintés nous voyons que nous n’aurons pas longtemps à attendre :il est 6 heure et les lueurs pointent. Valérie suggère d’aller voir sous l’eau avant que les vagues ne soient trop grosses. Pas le choix, je m’équipe et le poignard entre les dents (c’est une image) je plonge,attaché au bateau, et sous la surveillance étroite de Valérie. En fait le code 0 est enroulé autour de l’hélice, c’est lui qui a fait arrêter le moteur. Vers 7 h 30, je finis par libérer le code 0, ou ce qu’il en reste, mais de la toile s’est emmêlée fortement autour de l’hélice, et même dans l’interstice sur le moyeu. Je ne peux rien faire de plus pour le moment, la mer est de plus en plus agitée. Nous nous passerons donc du moteur tribord. Il sera toujours temps, plus tard, par un temps plus calme de finir de libérer l’hélice. A 9 h, nous repartons, avec un bon vent ; le bout dehors ainsi que les trampolines avant sont sécurisés, je retrouve la drisse qui le maintenait enroulé autour des haubans. Ma surliure n’a pas résisté à la force de traction du code 0 dans l’eau. Nous avons pris un ris dans la GV et le Génois. Le reste de la journée, nous nous reposons et faisons le bilan. C’est important, pour ne pas que cela arrive à nouveau.

Ce que nous avons bien fait :
- être toujours harnaché (gilet de sauvetage et longe attachée à la ligne de vie).
- Ne pas avoir paniqué, et nous sommes très fier de Lucas qui même sous ce stress important, non seulement n’a pas paniqué, mais nous a été d’un grand secours.
- Il n’y a pas eu de blessé.

Ce que nous aurions du faire :
- Se remettre par vent de travers voir vent de face, pour affaler le code 0
- Ne pas démarrer un moteur, ce n’est pas grave de dériver en plein océan. De plus le bateau a un comportement très sain. Nous aurions évité le suraccident.

Ce que nous ferons ou modifierons à l’avenir :
Nous allons naviguer sans code 0 et sans bout dehors, faute de finance. Si nous remettons un bout dehors il ne sera pas mobile : maintenu en permanence par un câble / étai, de façon, à ne plus avoir à faire des changements de drisse pour ne pas qu’il tombe. Mais il devra être démontable facilement. Je troquerai bien une voile sur emmagasineur (forme de poulie sur laquelle un bout  en continu est monté (va et vient) et qui sert à l’enrouler / dérouler, contre un enrouleur. Cela veut dire avec un étai rigide. Mais je garderai la grandeur et le grammage de la voile, car elle est très bien pour avancer dans le petit temps. L’énorme avantage sera de pouvoir tout faire du cockpit en limitant les sorties sur le pont, surtout de nuit ou dans de mauvaises conditions.

Le soir, nous récupérons le routage de Jean Alain, nous décidons de prendre une option plus sud pour éviter la pétole  dans 5 jours. Pour l’instant nous filons bon train entre 6 et 7 nœuds de moyenne. Une boite de Cassoulet viendra mettre un peu de réconfort, surtout par fainéantise de cuisiner, on a eu notre compte.

Position à minuit : 22°30’ N et 28°14 W, à 11h30 : 22°10 N et 29°07 W
Distance parcourue : 148 mn, soit 6,16  nœuds de moyenne et ce malgré
environ 3 heures de dérive.

Mercredi 12 décembre

Position à minuit : 21°46 N et 30°40,5 W.
Depuis le début nous avons parcouru 852 mn, il en restait (toujours à minuit) 1915. Nous faisons un cap toute la nuit grosso modo Ouest, (mode vent). Ce matin à 8h50 changement de cap au 230/240 pour l’option sud.Le vent est soutenu 18/20 nœuds avec des passages à 23/25 nœuds sous les grains.
Appaloosa galope entre 6,5 et 7 nœuds de moyenne.  Par contre les enfants ne peuvent faire le CNED (pour la 2ème journée). Le moral est revenu. Nous avons observé nos 1ers poissons volants, il y en a même un qui s’est suicidé sur le pont du milieu. A plus de 2 mètres au dessus de l’eau ; ils sont sportifs ici.

Nous vous embrassons tous.



Bulletin 4 - Fin du mercredi 12 décembre

La nuit vient et le rythme des quarts  avec. Cette nuit là nous croiserons et converseront avec le voilier Africa (14 m) qui est très content de croiser un bateau sur cette mer déserte. L’équipage Américano Belge se rend  à la Barbade.

Miles parcouru : 171 Mn : c’est le record de distance sur 24 h. Vitesse
moyenne 7,12 nd

Jeudi 13 décembre.

Position à minuit : 20°00 N et 32°33 W
Position à midi : 18°47 N et 33°20 W

Pendant la nuit, se succèdent des grains qui font monter la force du vent à 7 (28 à 33 nd). Nous ferons là notre record de vitesse instantanée : un surf à 15,2 nd. Valérie s’inquiète et en oublie de dormir. Le soleil est souvent absent. L’après midi le vent restant fort, nous prenons le 2ème ris dans la Grand voile et le Génois. Nous y gagnons en confort. Mais pas suffisamment pour que les enfants fassent correctement l’école. Ce n’est pas grave nous avons de la marge de manœuvre. A l’inverse la nuit nous libérons le génois car le vent faiblit … enfin.

Cap global 235/240 °
Miles parcourus : 169 mn, un peu moins bien qu’hier mais satisfaisant.


Vendredi 14 décembre

Position à minuit : 18°00 N et 34°27 W
A midi : 17°11 N et 35°29 W

Le vent revient pendant la nuit, reprise de ris du génois : faire et défaire c’est toujours travailler hein ! Depuis plusieurs jours nous sommes malmenés par une houle croisée. C’est le tarif à cette période de l’année ou les Alizés ne sont pas établis depuis suffisamment longtemps. Il se forme la houle du vent, puis vient se superposer une autre houle qui vient de plus loin, et forcément pas de la même direction. Plus que le vent, c’est cela qui rend le voyage moins confortable, voir pour le cas, très dansant.
Malgré cela, les enfants ayant révisés les jours précédents, entament les évaluations de la série 5 du CNED. Tout au crayon de bois, ils recopieront au propre quand les conditions seront plus clémentes. La bonne nouvelle c’est que le vent commence à faiblir vers 18h, pour être dans les prévisions des fichiers gribs. J’ai pris l’habitude de rajouter 5 nds aux prévisions. Mais là pendant ces 4 jours c’est 10 nd de plus.L’avantage, c’est que l’on rattrape le « temps perdu » : nous aimerions bien être arrivés pour Noël aux Antilles.

Le 15 décembre 2012

Position à minuit : 16°19 N et 36°38 W
Pendant mon quart de nuit, je ne vais pas pouvoir dormir. D’abord je ne résiste pas à regarder un épisode de plus de la série Dexter. Et puis un appel à la VHF, je cherche des yeux, rien. 2ème appel, je refais un tour et là je vois une lumière. Je suis habitué aux lumières des cargos. Je me rends compte que les voiliers sont beaucoup plus difficilement identifiables. Je me signale à la VHF. C’est « Ipanema », un ketch de 16m. Il désire la météo. Je la leur donne volontiers. Ils vont aussi à Grenada.
Nous avons une route qui pourrait être de collision. L’affaire n’est pas encore classée, mais je vois son feux vert (tribord) passé au rouge (bâbord) par l’arrière signe encourageant comme quoi il devrait bien passer  derrière, quand j’aperçois une autre lumière blanche devant. Ce que je prenais d’abord pour un cargo, s’avère être un autre voilier, vu de l’arrière. Nous le rattrapons, je m’écarte pour être sur de l’éviter. Lui m’a appelé pour être sûr que je le voyais. En tout cas cela a réveillé Valérie. Il est difficile, voir impossible, la nuit, d’évaluer les distance sur de simples lumières. Cela fait pas mal de stress. Pourquoi après des jours sans rien, tous les navires se croisent au même endroit. Avec le lever du soleil nous empannons avec Valérie. Fini le Sud Ouest (240°), cap à l’Ouest (280/285) à partir de 7h. Cette option plus Sud que la route directe devrait nous permettre d’éviter la pétole dans 2 jours. Puis après le petit dej, c’est le génois que nous tangonons. J’ai essayé de la faire seul, mais J’ai besoin de Valérie pour finir de le mettre en place. Ce doit être autre chose que la navigation en solitaire ! Le vent a enfin faibli durablement et est conforme aux fichiers gribs. La houle a molli, la houle croisée d’Est disparaît, les conditions s’améliorent. Le vent réel oscille entre 14 et 18 nds. Sous les nuages, il accélère autour de 22/25 nds. C’est tout à fait supportable. Tant mieux pour tout le monde et pour les évaluations du CNED qui avancent.

Il est midi, nous vous saluons bien. Notre position est 15°55 N et 37°55 W.
Aujourd’hui, date et heure importante, nous fêtons la mi parcours : 1400 miles nautiques (2.590 km). C’est la mi parcours estimée car la fin du parcours fera changer le total. Pour être plus précis, à midi UTC -1 depuis le départ nous avons parcouru 1.442 Mn, et sur notre route il reste 1.417 Mn. Une bouteille de champagne Sud Africain a été mise au frais. Alors trinquez avec nous de votre côté. Nous trinquerons à vous tous. Sachez que nous nous forçons à boire : c’est pour alléger le bateau !

SANTE !


Bulletin 5


Fin du samedi 15 Décembre

Vers 18h, nous avons dé-tangoné, empanné et re-tangoné. Mais de quoi nous parle-t-il ? Bon pour faire simple vous régler une voile par une de ses extrémités : le point d’écoute, via 2 écoutes (cordes) une pour chaque bord du bateau (tribord et bâbord). Une seule est tendue en fonction de là d’ou vient le vent. Le tangon c’est une barre en aluminium qui permet de tendre la voile vers l’extérieur par le point d’écoute afin de la maintenir bien ouverte en grand lors de vent arrière. Et spécialement quand les voiles sont en ciseaux. Là aussi j’explique : en plein vent arrière (150°du vent d’un bord sur l’autre), pour gagner en vitesse, nous avons intérêt à mettre la grand voile d’un côté et le génois avec le tangon sur l’autre côté. Cela ressemble aux ailes d’un oiseau vu du dessus. Enfin l’empannage est la manœuvre qui consiste à virer vent arrière. Elle est un peu délicate parce qu’il faut contrôler la bôme pour ne pas qu’elle vire d’un seul coup. Fin de la leçon. Bien sûr nous avons trinqué à notre santé et à la votre le soir même.
Miles parcourus : 156 Mn a une moyenne de 6,5 nœuds.

Dimanche 16 Décembre

Position à minuit : 15°48,5 N et 39°15 W, à midi 15°28 N et 40°35 W.
Nous changeons d’heure et passons à UTC -2. Nous ne cessons de prendre de l’avance sur vous tous, et vous pouvez toujours essayer de pédaler pour nous rattraper. Nous avons enfin du beau temps. Aussitôt la chaleur se fait sentir. Et les panneaux solaires arrivent à charger à 100% les batteries : une première. Le vent baisse petit à petit, d’une moyenne de 6,7 nd la nuit, nous passons à moins de 6 nd, le soir. La journée est studieuse à bord, les enfants rattrapent le retard du CNED. A bord il y a une opération « crêpes » pour les féliciter, c’est un vif succès !
Miles parcourus : 154 Mn à une moyenne de 6,16 nd.

Lundi 17 décembre

Position à 0h (UTC-2) : 15°17 N et 41°51 W. A midi 15°09 N et  42°50 W
Le vent continue à descendre, nous remettons le moteur qui nous reste, en route. C’est le passage de la pétole (absence de vent) prévu par les fichiers météo. La bonne nouvelle c’est que vers 12h nous pouvons l’arrêter : le vent est revenu plus tôt, contrairement aux prévisions. A bord nous avons un récepteur AIS : un appareil qui permet de détecter tous les navires de commerce, de transport de passager, ou de l’armée qui ont l’obligation d’en être équipé, plus ceux qui veulent l’avoir. Vers 8h, notre AIS détecte un navire qui  nous rattrape  à une vitesse de 12nd, nous qui marchons au moteur à 5. Sur son identité nous savons qu’il s’appelle ICE, et que ce bateau moteur mesure 3m de long et 7 m de large.  Bizarre ! Nous nous disons qu’ils ont mal renseigné les cases. Par contre un si petit bateau si loin des côtes, il doit avoir de sacré réservoir. J’ai hâte de la voir. Le temps passe et vers 11h je le cherche par son relèvement (nombre de degré par rapport au Nord, indiquant une direction) avec les jumelles. Surprise il s’agit d’un navire de guerre ! Il fait plutôt 70 m que 7. En fait les militaires maquillent leur information … la route continue. Vers 15h, il y a des échanges en VHF, le voilier Français « Logona » que nous avions aperçus au port de Santa Cruz de Tenerife me demande la météo. Ca tombe bien, je vais lancer une requête. Enfin cette journée nous verra remonter à bord notre 6ème et plus grosse dorade coryphène : 72 cm et 2,7 kg. Par contre, nous  perdons encore 2 leurres. La moralité c’est qu’il faut que nous
prenions plus gros pour le grand large. Certains poissons ont cassé des bas de ligne en acier ! Certes c’était du petit mais quand même.
Miles parcourus : 123 Mn, c’est faible.  5,12 nd de moyenne.

Petits calculs d’ETA (Estimated Time of Arrival): Si nous voulons arriver le 25 Décembre à midi, il nous faut parcourir 137 Mn par jour. Soit une moyenne de 5,7 nd.
Si nous voulons arriver le 24 Décembre à midi il nous faut faire 151 Mn par jour, soit une moyenne de 6,3 nd. Les paris sont ouverts.

Mardi 18 décembre
A minuit (UTC -2) nous touchons le vent idéal : 18/20 nd. Mais cela ne durera pas.
Position 14°57 N et 43°56 W.
A 7h, je note sur notre livre de bord qu’il ne nous reste que 1000 Mn à faire (1852km). Avec Lucas au réveil nous dé tangonons, empannons et re tangonons … vous connaissez la musique. A midi notre position est 14°53 N et 45°07 W. La journée est grise, nous avons même des grains. Le vent est plus faible que celui annoncé, je suis obligé de temps en temps de faire du moteur, avec parcimonie, car il ne me reste plus que l’équivalent de 30 heures. Les enfants savent maintenant reporter des points sur la carte, et je leur apprend, à partir de celle ci à donner un cap ou à en déduire un. Nous avons aussi refait des crêpes, elles avaient un goût de trop peu. Notre dernière position à 18h UTC -2 est : 14° N et 45° W, nous nous traînons à 3 nds de moyenne, cela sera la plus faible moyenne. Tant pis pour arriver avant Noël, même si tout n’est pas perdu. Ce n’est pas grave personne ne nous attend, en fait, et même si nous serons content d’arriver, nous avons le privilège de ne pas être pressé. Quel luxe messieurs dames !


Bulletin 6 - Mercredi 19 décembre 2012

Le début de nuit est sportif pour Lucas et moi. Le vent est revenu, c’est la bonne nouvelle, mais il varie en direction. Donc nous dé- tangonons, empannons et re –tangonons …. Et nous remettons cela. Le premier empannage est sauvage et nous le devons à Haddock (notre pilote automatique), mais nous ne pouvons lui en vouloir, sa régularité, son humeur égale lui autorise quelques imperfections. Le matin, au réveil, nous observons un bel oiseau inconnu tout blanc avec une longue queue. Il fait le tour de notre propriété marine plusieurs fois, nous nous demandons s’il ne cherche pas à se poser, pour se reposer … puis il disparaît. A bord des bips d’alarmes se manifestent depuis quelques temps, dans l’armoire électrique. Cela s’intensifie, je finis par les localiser : la source, c’est le chargeur solaire. Après lecture du mode d’emploi et échange par mail avec le chantier Dean catamaran j’arrive à arrêter les bips, mais pas la cause. En fait le chargeur me dit que mes batteries sont à plat, ce que contredit le serveur central. Il semble que le chargeur aurait besoin d’être re paramétrer. Cela attendra bien évidemment l’arrivée, rien de grave. Nous avons aussi des problèmes avec des remontés par les toilettes. Nous devons pomper régulièrement pour ne pas que cela déborde. Problème de clapet anti retour ? La liste de bricolage grossit, pourvu qu’elle ne dépasse pas une page.

Le mardi 18 Décembre nous avons parcouru 139 Mn à la moyenne de 5,8 nd.
Le mercredi 19 décembre nous avons parcourus 154 Mn, vitesse 6,4 nd.
Position à 0h 14°41N et 46° W, à midi 14°29N et 47°18 W
Pour arrivez le 24 décembre, à midi, nous cumulons depuis le 16 décembre 34 Mn de retard.

Jeudi 20 décembre

Position à minuit 14°19N et 48°39 W, à midi/ 14°11,5 W et  49°57 W
La lune est montante et nous découvrons que les veilles sont beaucoup plus faciles avec son éclairage. A 18h (UTC-2) nous franchissons les 50°W ce qui correspondent aussi au  ¾ de la route. Il reste 650 Mn. Nous nous autorisons à penser à l’arrivée. La température de la mer dépasse la piscine : 29°C depuis quelques jours, puis 30°2 C aujourd’hui. Le soir, le vent faiblit, comme annoncé. A la tombé de la nuit, nous remettons le moteur.

Miles parcourus : 137 Mn (vitesse 5,7nd). Nous cumulons 48 Mn de retard.
Bon, nous arriverons le 25 décembre, voilà tout ! Surtout au vu du vent de demain qui sera égal à celui de ce soir 10/12 nœuds.

Vendredi 21 décembre.

La nuit nous surprendra avec une ondée tropicale, la première. C’est la pluie qui nous réveille, on ferme tout. Mais comme c’est la nuit, nous n’étouffons pas. La journée qui se lève sera une journée de vent mou. Normalement c’est la journée du plus faible vent d’ici l’arrivée. Par contre nous remettons les lignes de pêche la vitesse 4 à 5 nd est idéale pour cela.
Position à minuit : 14°02N et 51°00 W.

Nous pensons aux Caraïbes. Du coup, avec Valérie, et tous les ouvrages qu’elle a lu, nous précisons notre parcours dans les caraïbes, préparons les lieux d’escales, les routes, les lieux d’approvisionnement, les lieux de réparation possible, les ports d’entrée (ceux qui permettent de faire les formalités douanières, et d’immigration) etc… Un voyage bien prévu, c’est plus de plaisir pour en profiter.

Curieux sentiment partagé du désir d’arriver et d’être bien en mer. Etre en mer, c’est être déconnecté de la vie terrestre, donc de toute la pression des terriens. Cela peut vous sembler bizarre, mais imaginez : pas de papier à remplir, de voisins à supporter, de taxes à payer, de téléphone à décrocher. Ah ! Je vois que pour certains, il y a des lueurs dans les yeux ! Etre en mer, c’est vivre au rythme envoutant de la houle. Voir et jouir des levés et couchés de soleil. Jeter son regard sur une surface immense, sans fin, toujours changeante. C’est profiter de sa famille (avec l’inconvénient de la promiscuité.). On se vide la tête, on revient à l’essentiel :


l‘émotion du présent. L’infini plaisir de l’immédiat, et tout le temps d’en jouir. Comme disait Jean Michel (équipier de la remonté d’Afrique du Sud) : les gens vous dises : « mais vous ne faites rien » ? – Non nous ne faisons rien… mais on le fait bien et on le fait durer ! Merci l’ami pour cette magnifique phrase qui décrit bien la situation hauturière. Bien sûr, il y a beaucoup à faire en fait, mais nous prenons notre temps. Et puis bien sûr, après plus de 2 semaines de mer, nous avons le désir de revoir la terre, qui plus est une terre inconnue pour nous. C’est la magie des Antilles que nous attendons. Et plus que tout autre voyage - de vacances - avant; nous avons le sentiment d’être des découvreurs, des conquérants, en arrivant lentement par l’océan, venus de son autre extrémité. Le plaisir, dans quelques jours de voir poindre une île au raz de l’eau (ce qui n’est pas le cas des  îles de l’Atlantique Est : des montagnes qui sortent de l’Atlantique). Quelles sont les belles rencontres que nous allons faire ? Que va t-on découvrir ? Quelle nourriture (et quel rhum ? il faut faire le plein urgemment), etc. Et puis maintenant que le thermomètre indique une eau à 30,3° quand est ce qu’on se baigne ?

Il est midi, nous passons à UTC-3.
Position 11h UTC-3 : 13°53,5 N et 51°58,2 W. Nous sommes en appuie moteur, le vent ne dépasse plus
les 10nd. Il reste 566 Mn  parcourir.


Billet Traversée Atlantique N°7


Fin du vendredi 21 Décembre 2012

Le manque de vent nous force à mettre de temps en temps le moteur. La chaleur est étouffante, oui, je sais vous voudriez aussi pratiquer la vie en slip, et pouvoir dire comme nous : « Nous avons (trop) chaud aujourd’hui ! » A 17 h, il ne reste plus qu’1/4 du réservoir. C’est suffisant. Enfin vers 20h, nous pouvons arrêter le moteur et dérouler le génois et le tangoner. Comme d’habitude, les quarts rythment la nuit à bord. Et l’océan est toujours aussi désertique.

Miles parcourus : 128 Mn.
Nouveau calcul : si nous voulons arriver à midi (il faut bien arrêter une heure pour les calculs) le 25 décembre. Il reste à 12h le 21 décembre, 560 Mn. Il faut donc faire 140 Mn par jour (5,83 nd). Cela nous semble faisable : les vents à venir seront réguliers de 13 à 15 nds jusqu’à l’arrivée.

Samedi 22 décembre 2012

Vers 3 h, pendant le quart de Valérie, le vent monte et s’établit à force 4 (11 à 16 nd) avec des passage à 18/19 nd (Force 5) de façon durable. Nous faisons ainsi 6 nœuds de moyenne. Bien ! Ce matin, pas besoin de lever Rozenn, alors qu’elle pouvait dormir une heure de plus. Le capitaine a l’honneur de prendre son petit déjeuner en sa compagnie. Le vent devient plus constant et frôle le force 5 (17 à 21 nd), c’est encore mieux, disons le, c’est royal. Si cela pouvait durer jusqu’à l’arrivée … Mais non : il retombe à 10h40. Les enfants en profitent pour s’avancer sur le CNED. Ils pourront ainsi rallonger leur vacances sur les plages des Antilles : ce seront leurs 1ères vacances depuis leur rentrée de Septembre. Ils en ont besoin et Valérie aussi, car c’est elle principalement, qui corrige.

La mollesse du vent m’incite à remettre les lignes de pêche à l’eau, et à 17h15, nous avons le grand plaisir de pêcher notre premier thon : 55 cm et presque 4 Kg. Beaucoup plus nerveux que les dorades coryphènes, une vraie boule de muscle qui s’agite frénétiquement. Une fois de plus nous sacrifions un peu de whisky Glen Crinan que l’on déverse dans les ouïes et qui tranquillise la bête. Je le découpe et découvre pour la 1ère fois, ce que cela fait de dépecer un animal dont le corps est chaud : l’instinct animal du lointain chasseur ancestral m’habite ! C’est une chair rouge et ferme que j’arrache. Je lève un peu avec le couteau et beaucoup avec les mains les filets (merci Jean Michel pour cette technique).  Les dorades refroidissaient plus vite, sans doute du à leur corps plus fin que celui du thon, beaucoup plus massif et épais. Le soir vient et avec la nuit, pour la 2ème fois, le vent revient plus fort et durablement. Le 25 décembre ne devrait pas nous échapper.

Miles parcourus : 144 Mn référence 12h. Pari réussi cette journée pour arriver le 25 décembre.


Dimanche 23 décembre

La nuit, le ciel est toujours aussi magnifique. La constellation que je reconnais le plus facilement est celle d’Orion, très reconnaissable avec le bouclier et le glaive (Bruno je pense à toi). Elle parcourt tout le ciel, pendant la nuit, de l’Est à l’Ouest. Il y a aussi Jupiter qui brille très fort, cependant avec la lune croissante, les étoiles deviennent moins visibles. Par contre, je dois faire des efforts pour retrouver, surtout qu’il y a toujours des nuages, la polaire. Ici la petite ourse n’est pas entièrement visible à son lever, et la Grande ourse est à l’envers. Le « W » de Cassiopée est aussi inversé. Ici on devrait dire le « M ». Grâce matinée pour tout le monde. Je capte juste au lever du soleil l’AIS de « Princess Naomi », un bateau de 175 mètres, mais il est à plus de 11 mn, donc invisible pour nous. Le temps se couvre et à 10h30 nous ne voyons plus le soleil. Il est d’ailleurs prévu ce temps jusqu’au 26 décembre. Cela fera une arrivée sous un ciel plombé.

A midi (UTC-3), nous sommes à 13°19 N et 57°05 W. Notre moyenne est de 6,5 nœuds avec un vent d’Est Force 5. Sur 24h nous avons parcourus 151 Mn, cela nous fait une avance de 15 Mn pour arriver le 25 décembre à 12h.

Il est 13h et un voilier, sous spi lui, nous a contacter par vhf, il désire lui aussi les prévision météo. Cela tombe bien je vais envoyer une requête météo par l’iridium. Il essaye d’arriver à Barbades pour la veille de Noël. Et comme la Barbade c’est 130 Mn devant, plein Ouest. Pour nous c’est une journée avant Grenade, il va y être tout juste. D’ailleurs, nous verrons la Barbade demain au lever, et sans doute les lumières cette nuit.

Bons préparatifs de fêtes de Noël à tous.


Billet Transatlantique final N°8


Fin du dimanche 23 Décembre 2012

Le reste de l’après midi nous voit en compagnie lointaine de Maranpina. Il se rapproche  sous spi, puis s’éloigne, nous le perdons vers 18h. En tout cas, il était très content de la météo détaillée que je lui avais donnée. Il nous a souhaité un « Merry Christmas ». Non nous avons toujours du mal à y être … dans la tête.

La nuit vient et nous glissons. La nuit est faiblement éclairée par la lune, des grains à 22/24 nœuds nous  font faire des accélérations. Cette fois, plus que les autres, Appaloosa est d’une stabilité remarquable, parfaitement calé, il enchaine les surfs les uns après les autre, et pourtant c’est aussi calme que dans un mouillage. Dans le bateau, on ne sent presque rien, juste le chuintement tonique de l’eau sur les coques et un léger roulis qui nous berce. Dehors, le bruit des vagues et de la trainée d’Appaloosa sont plus fortes.
Appaloosa galope sans effort apparent. Son sillage luit dans la nuit. Tel un train sur des rails, il est d’une régularité. Qu’il est bon de se sentir en harmonie avec son bateau, avec la mer. Je pense que la fréquence de la houle et la force du vent étaient calibrées exactement pour notre bateau.

Après ces moments de poésie, les chiffres :
Miles parcourus : 167 Mn, la moyenne vous pouvez la calculer. Au total nous
cumulons 15 Mn d’avance pour notre arrivée du 25.

Lundi 24 Décembre

Position à 0h : 13°04 N et 58°33 W, à midi 12°49 N et 60°00 W. Tiens, le 60 degré de longitude. L’arrivée est proche (62°).
Pendant son quart, Valérie distingue les lumières de la Barbade. Les premières lumières depuis près de 20 jours. La première terre, rendez vous compte ? Nous faisons un surf à 13,4 nd, un record pour cette traversée. Au réveil, nous passons la Barbade par son cap Sud, le « South point ». Nous la distinguons à peine, elle est pourtant à moins de 8 mn. En fait, et comme prévu le temps est bouché … Un vrai temps de décembre … à 28° C sur la mer, et cette dernière à plus de 30° C. A 10h, Haddock n’arrive pas à barrer un changement de direction du vent au SSE.
Un empannage sauvage en est la sanction.  A 10h20, le grain passé, nous reprenons notre cap, le vent revenant dans sa direction initiale. Nous discutons à bord de notre repas de noël en mer qui sera une mise en bouche avant le repas du 25, au mouillage. Confits de canard au programme. A 15 h, une cinquantaine de dauphins viennent saluer notre arrivée, proche maintenant. Certains sautent pour notre plus grand bonheur. Je sors la caméra, mais peine perdue, maintenant, ils font les timides. A peine les dauphins terminés, le vent re monte et revire de l’Est au Sud Est. Prenant les devant, je modifie le cap car nous sommes toujours sous tangon. Valérie et moi attendons que le grain se calme, mais cela ne vient pas. Le vent réel atteint 30 noeuds, le vent apparent compte tenu de notre vitesse, est moindre 22 nd. Puis cela monte encore, et notre direction fait que nous poursuivons le grain. La décision est prise, nous dé-tangonons, puis nous prendrons un ris. Avec Lucas et Valérie, l’opération se passe bien. Il est vrai que nous commençons à être bien rodé. En ¼ d’heure nous dé tangonons, bordons la voile sur l’autre amure (côté), venons face au vent baissons la grand voile de 2 ris et la re tendons. Le vent est à 30 nœuds et nous rebattons le record du surf de la traversée : 15,8 noeuds.
La seule erreur est de ne pas avoir fermé les hublots avant. Nous le payons cash : en poste à l’avant je vois une vague monter. Je ferme aussitôt, mais après, notre hublot. Nous reprenons le cap vent de travers.  Nous rentrons dans le cockpit, rincés et fatigués. Rozenn nous apprend que notre lit est trempé et la salle de bain inondée. La fin de ce gros grain se fait une heure trente après.

Fatigués, nous changeons le repas de Noël : il sera sommaire, mais bon. Une soupe de courgettes (les derniers légumes qu’il nous reste) et tomates aux lardons. Nous dégustons du Turon, spécialité de Noël des Espagnols (c’est une forme de nougat). Nous enchainons les quarts de nuit, comme d’habitude. Nous savons que nous allons avoir une nuit courte. Avec le vent fort, notre nouvelle ETA (Temps estimé d’arrivée) est entre 2 heures et 5 heures. Et nous devons passer le canal entre Union, les Tobago Cays et Carriacou. Comme il est déconseillé de mouiller l’ancre de nuit dans l’ensemble des Antilles (balisage insuffisant et variable), nous savons que nous allons faire des ronds dans l’eau, jusqu’à ce que le soleil se lève. C’est effectivement ce qui se passe. Dans de bonnes conditions et sous 2 ris, nous progressons lentement, mais surement. Il n’y a pas d’accélération du vent dans le canal comme je m’y attendais. Malgré la fatigue, ce fut un moment de bonheur que de voir la terre, ou plutôt les multiples lumières de tous ces ilets. Cela sent bon l’arrivée. Je quitte mon quart alors que nous entamons le canal. Valérie le passe haut la main. Nous arrivons devant la baie de Hillsborough, Carriacou à 3h30 … et nous faisons demi tour, et à nous apprenons à faire la plus petite vitesse. Nous arrivons à faire du 1 nd avec le génois enrouler au ¾. Je fais le dernier quart sur le bord retour, et assiste au lever du soleil. C’est marrant, j’ai trouvé qu’il prenait plus son temps pour ce 25 décembre ! Et avec Valérie, nous faisons enfin notre entrée dans Hillsborough bay à 7h10. A 7h40, nous avons jeté l’ancre par 6 m de fond. Les enfants sont venus voir à quoi ressemblent les Antilles, le jour de Noël. Et bien c’est gris, mais plein de joie !

C’est la fin d’un périple. Le final d’une navigation familiale qui nous aura vu traverser l’Océan Atlantique. Appaloosa nous a fait parcourir 2838 Mn, en 20 jours et 10 heures. (Moyenne 5,77 nœuds).Globalement la traversée c’est bien passé. Un seul gros incident à déplorer, qui nous a couté une voile, son accastillage et le bout dehors. Il y a de la réparation en vue avec celle due à la « simple » usure d’un bateau.
L’arrivée, c’est notre cadeau de Noël. Hillsborough n’est qu’un gros village. Il correspond à un coin tranquille dans lequel nous voulions arriver. Au petit déjeuner, nous déballons les quelques cadeaux embarqués. Nous sommes content de ce que nous avons fait.

Avec le retour d’un réseau téléphonique, nous pouvons consultez les mails et toutes vos marques de sympathie que vous nous avez laissé sur notre site. Nous vous en remercions du fond du cœur. Cela nous touche beaucoup. Surtout continuez, cela nous stimule.

Nous vous souhaitons de très bonnes fêtes de Noël.

Lu 34698 fois Dernière modification le Mardi, 13 Août 2013 17:57

35 Commentaires

  • Lien vers le commentaire pacaud Vendredi, 18 Janvier 2013 18:29 Posté par pacaud

    Bonjour à vous 5,

    Aujourd'hui l'ouest de la France était sous la neige, alors difficile de prendre la voiture.
    Quoi de mieux pour se changer l'esprit que de lire vos récits ou de feuilleter vos photos.
    Le contraste est rude, mais tellement beau !
    Profitez bien de votre aventure, et pas trop d'abus avec le petit rhum ...

    Amicalement

    Olivier P.

  • Lien vers le commentaire pouderoux steph Samedi, 12 Janvier 2013 15:23 Posté par pouderoux steph

    On vous souhaite une bonne année, un bon anniversaire à ma rérette on vous embrasse tous.
    Peux tu stp si tu vas en martinique, guadeloupe nous prendre une pièce de 10 euros en argent à la poste (petite collection personnel des pièces de région). Merci par avance.

    Gros gros bisous à ma cocotte chérie rozenn......

  • Lien vers le commentaire steph alex lou noa et JP Mercredi, 09 Janvier 2013 09:43 Posté par steph alex lou noa et JP

    Bonne année à tous et profitez au maximum de tous ces instants, on vous aime.

  • Lien vers le commentaire daburon Vendredi, 04 Janvier 2013 18:39 Posté par daburon

    tous nos meilleurs voeux, et après avoir lu votre journal de bord, je ne peux que vous dire BRAVO, félicitations
    continuez à nous faire réver, et encore BONNE ANNEE.bisous Philippe et Babeth

  • Lien vers le commentaire Claude RIO Mercredi, 02 Janvier 2013 11:53 Posté par Claude RIO

    Bonne et heureuse année à tous les cinq. Continuez à nous faire rêver, nous apprécions beaucoup vos récits.
    Gros bisous.

    Yvette et Claude

  • Lien vers le commentaire Hervé  Catherine Mardi, 01 Janvier 2013 20:32 Posté par Hervé Catherine

    BONNE ANNEE !!! que vous souhaiter d'autre que le grand bonheur que vous vivez actuellement ?! ...on vous embrasse X5 ...bises du nouvel an breton ! Hervé & Catherine

  • Lien vers le commentaire michel Mardi, 01 Janvier 2013 06:53 Posté par michel

    Bonne Année 2013 et surtout Bonne Santé A Vous Cinq GROS BISOUS Nelly Maryne et Marvyn.

  • Lien vers le commentaire Millon Lundi, 31 Décembre 2012 17:55 Posté par Millon

    Bravo pour le périple et merci de nous le faire partager !
    On vous souhaite à tous le meilleur pour 2013 et bonne découverte de notre monde!
    Bisous de Pornichet la famille Millon
    PS: température de l'eau 13 trop froid pour Daniel

  • Lien vers le commentaire Hervé  Catherine Dimanche, 30 Décembre 2012 18:40 Posté par Hervé Catherine

    Hello les amis des caraïbes ! ...joli cadeau de Noël cette première tranche d'aventure ...continuez à nous faire rêver ...joyeux réveillon du nouvel an antillais à vous tous ! Bizzz bretonnes ...H&C

  • Lien vers le commentaire christophe pesquet Dimanche, 30 Décembre 2012 17:52 Posté par christophe pesquet

    Quelle belle aventure que cette navigation hauturière
    Bonne Année.
    christophe pesquet.

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