Billet 45 - La Nouvelle Zélande partie 2 : de Gulf Harbour à Whitianga

La Nouvelle Zélande partie 2 : de Gulf Harbour à Whitianga

Je profite d’une tempête charriant de la pluie et de la douceur du Nord (des Tropiques) avec 18°C à 19°C de jour comme de nuit, pour me remettre à l’écriture, nous en étions restés à l’arrivée dans la marina de Gulf Harbour pour la toilette annuelle de notre Dean 441. Il y a eu tellement de choses à faire et entreprises, nous sommes désolés d’avoir ralenti notre rythme de parution.

J’en étais donc au lendemain : le 27 janvier, l’équipe du chantier nous signale que la levée se fera vers 13h. Je profite de la matinée pour faire un tour afin de repérer les différents services dont nous avons besoin : shipchandler, représentant Fisher Panda, etc. pas de doute nous avons affaire à un grosse marina, bien achalandée.

Un décalage d’horaire nous permet de nous restaurer le midi. Puis, c’est la manœuvre, au ralenti, pour rentrer dans la zone de levage. Notre bateau fait 7,3m au plus large et l’entre axe en béton du travelift fait 8,5 m ! Nous y allons au chausse-pied, en douceur. Le grutier nous demande si les sangles sont bien positionnées pour la levée. Et mince ! La dernière fois c’était à Tahiti. Je ne me rappelle plus des positions exactes. Pas le temps d’ouvrir l’ordinateur et surtout de chercher des photos du lancement pour être sûr. Je dois prendre le masque et le tuba pour vérifier que les sangles ne sont pas sur l’arbre d’hélice, voir sur les arrivées d’eau. Pas le temps de trouver l’eau froide, en fait si quand même ! Tout va bien. Un décalage de 50 cm de la sangle arrière me satisfait. Je remonte, et donne le feu vert. Ca y est Appaloosa commence à sortir de l’eau. A notre tour nous descendons du bateau.

Cela fait toujours peur de voir notre destrier en équilibre sur 2 sangles. Notre cheval titube entre le portique, il n’a pas l’habitude, tel un poisson asphyxié par trop d’oxygène d’un coup. Puis vient le temps de le poser sur les cales. Pour finir ils font les réglages de mise à niveau. Ca y est Appaloosa est complètement sur le terre ferme, immobile. Il s’est passé ½ heure.

Nous vous faisons grâce des travaux de chantier, qui ne vous apporterons aucun plaisir à être conté. Un résumé suffira, au terme de 2 semaines de travaux ou le capitaine a été des plus pris, pendant que Valérie faisait l’école à bord, qui est devenu un travail à plein temps avec Lucas en 1ère S, Katell en 6ème, et Rozenn en 3ème.

  • Appaloosa a un nouvel antifouling. Il a même le droit au top du top : le copper-coat. Il s’agit d’un revêtement au cuivre. Il est le triple du prix d’un antifouling classique, mais il dure 6 à 9 ans (en fonction des eaux, de la navigation, etc.). La mise en oeuvre est délicate, heureusement les compétences sont présentes ici.
  • Le point noir c’est le groupe électrogène. La bobine est hors circuit à cause d’un peu d’eau qui s’est introduite sur le bobinage et l’a corrodée. De plus, un des cylindres est glacé. Après les 1.000 $ payé au Fiji pour rien, j’en ai payé autant ici pour savoir tout cela et il reste au moins 4.000 $ pour le changement des pièces (le bobinage est le plus cher). Après des démarches auprès de Fisher Panda on me propose un groupe de seconde main ayant peu tourné, un peu plus puissant ou, un similaire un peu plus usagé. Ces 2 solutions sont plus chères que la réparation du mien, mais nous repartirions avec du plus récent, et même avec une garantie certes réduite pour l’un. Nous n’avons plus besoin dans l’immédiat du groupe, puisque nous faisons de la navigation de marina en marina, et les moteurs sont là pour recharger les batteries au besoin. Reste que sans groupe, et si nous ne sommes pas en marina, il n’y aura pas de machine à laver, ni de micro onde, ni de plaque électrique. Moralité nous survivrons ! Il est donc urgent d’attendre et de réfléchir. L’ingénieur électrique garde le moteur en attendant notre décision.
  • La chaine a été galvanisée ainsi que l’ancre. La rouille se propageait partout. Et c’était le bon moment puisque que la chaine est peu atteinte. J’ai vu comment réaliser une épissure spéciale de jonction chaine – câblot.
  • Les vannes de prise et de rejets d’eaux ont été en partie changées. J’ai troqué de vannes en bronze pour du plastique, qui ne rouille pas. Elles devenaient trop dure à manipuler et une m’a lâché (la poignée m’est rester dans la main). De toute façon, il devient difficile de trouver autre chose que des vannes en plastique. Une preuve que c’est mieux ? Le temps le dira.
  • J’ai même changé la conduite d’évacuation des WC bâbord. En la démontant, je me suis aperçu que le diamètre était réduit au ¾. Impressionnant cela fonctionnait toujours !
  • Nettoyage en détail du speedomètre qui marchait quand il voulait. Je pense qu’il y a aussi un problème de faux contact.
  • Pour le radar, c’est finit aussi, la réparation coute le prix d’un neuf. Il faut changer la carte mère. J’ai des doutes, même si c’est la 2ème fois qu’on me dit que le problème est de là. Et en plus, aucune prise en garantie, malgré que ma demande date de la Polynésie. Pareil que le groupe : il est urgent d’attendre. J’en veux à Furuno.
  • Polish de la coque, avec enlèvement des traces noires, de rouille.
  • Révision et changement de certaines pièces des hélices kiwi prop, avec la société fondatrice, basé sur Auckland. A leur retour, elles bénéficient d’un anti fouling spécifique pour les hélices qui est jaune / vert, doux et légèrement collant au touché ! Il paraît que cela réduit la cavitation. Tous les bateaux en sont équipés ici.

Bref Appaloosa a fière allure. Il retourne à l’eau le mercredi 4 Février. Nous allons pour 2 jours au ponton de l’autre côté de la marina.

Mais ce n’est pas tout, pendant ce chantier il y a eu autres choses. D’abord nous avons visité un peu la péninsule de Whangaparaoa (entraînez vous pour la prononciation et « Wh » se prononcent « F ») et les alentours. Elle nous est parue trop urbanisée pour avoir envie de s’y installer. Il faut vous avouer qu’après 2,5 ans de navigation nous fuyons la foule, les regroupements humains trop importants. Le calme est devenu un incontournable de notre façon de vivre, et ça tombe bien ici en Nouvelle Zélande, ils ne sont que 4,3 millions (cela reviendrait à 30 millions si nous étions en densité de la France pour la même surface que la Nouvelle Zélande)

Nous avons aussi été jusqu’à Auckland, en combinant la révision des hélices, avec un bilan complet de santé : analyse d’urine, et de sang, radio des poumons, questionnaires multiples, entretien avec un médecin. Tout cela faisant parti du processus d’immigration. C’est une des dernières pièces pour déposer le dossier complet dans cette 2ème étape qui s’appelle « Invitation To Apply » soit Invitation à faire la Demande.

Enfin, nous embarquons 2 équipières de plus sur Appaloosa. Chose promise, chose due. Mais non ce n’est pas un délire du capitaine ! Nous avions promis aux enfants que dans notre sédentarisation nous accepterions de prendre un animal, un chat plus précisément. Pas question pendant le voyage : trop de contrainte avec les douanes et donc notre liberté. Nous avons recueilli pour quelques dollars 2 chatons bâtards avec des ascendances « Turkish Van ». Pendant le trajet de retour les enfants sont aux anges, des sourires jusqu’aux oreilles. Nous les avons appelé, après de multiples discussions, et propositions Moka et Kenya.

Avant notre départ, nous faisons connaissance d’une autre famille Française arrivée et établie provisoirement ici. Leur fille va à l’école NZ. Ils sont sur un magnifique monocoque, ancien voilier de course racheté et progressivement civilisé. Malheureusement notre rencontre sera trop courte, mais nous devrions nous revoir.

Jeudi 12 Février, plein été ici (hiver austral si vous préférez), nous sortons de Gulf Harbour, car nous avons rendez vous avec la dernière étape organisée en Nouvelle Zélande : Whitianga dans le Coromandel. Et comme tout rendez vous pris, nous ne choisissons pas la météo. Forcément ce sera vent de face ! Une première étape de 30 Miles nautiques doit nous amener au mouillage de Port Jackson (il n’a de port n’a que le nom !) C’est un force 4 qui nous vient de presque de face, qui s’établira à 5 par la suite. Nous pouvons marcher sous voiles, nous tenons au début le cap, mais lors des grains nous nous écartons de la trajectoire voulue. Nous marchons très bien à presque 7 nœuds de moyenne. Etant dans la grande baie d’Hauraki (Auckland) nous sommes relativement protégés des vagues : elles ne dépassent pas 1 mètre. C’est cela de moins qui ralentit le bateau. A 10h30 nous entendons un Mayday sur la Vhf. Il se transforme après discussion avec le cross local en Pan-pan (le cran en dessous). Un voilier s’est échoué sur les rochers, mais finalement il n’y a pas de voie d’eau. Les secours arrivent rapidement, Dieu merci pour eux, et les déhalent des récifs. Mal de mer pour tous y compris les chatons qui vomissent, il n’y a pas de raison se disent les enfants. Seul le capitaine est en état de nettoyer ! A moins que certains aient simulé pour ne pas avoir à le faire ?

A 14 heures, le relief du Coromandel Range (chaine de montagnes assez basse du Coromandel) fait basculer le vent de face. Finie la voile. C’est le moteur qui assure l’heure et quart qui reste. Au fur et à mesure que nous approchons de la baie, la houle qui apparaissait s’estompe. Le vent ne se calme que lors des derniers miles. A 15h15 nous mouillons 48 m de chaine par 10 mètres de fonds. Le décor me fait penser à l’Ecosse : prairie de collines, bosquets d’arbres, des rochers affleurent. Quelques maisons éparses et un camping du bout du monde sont flanqués le long de la plage claire. Un autre navire et un bateau de pêche viendront par la suite passé la nuit ici. La soirée sera agréable, au calme, le soleil viendra nous taquiner juste avant de se coucher.

Le lendemain, à 8h45 nous levons l’ancre, ce vendredi 13 Février. Le vent est tombé comme prévu, c’est bien. Par contre ce sera moteur. Au départ, Appaloosa fait s’envoler une myriade d’oiseaux marins, alors qu’ils glissent sur l’eau silencieuse, à l’avant, je profite du spectacle avec la remontée de la chaine et la remballe. Un fort courant de marée contraire nous oblige à garder les 2 moteurs. En effet, nous passons le Cap le plus au Nord Est de la Nouvelle Zélande. Nous l’estimons à 2 nœuds. Et comme nous avons 42 miles à parcourir, mieux vaut ne pas trainer.

A 9h50, nous passons le « Square Top island » qui marque le début de la descente vers le Sud, le long de la côte Est du Coromandel ce coup ci. A 12h, nous avons le plaisir, jamais démenti d’être accompagnés par des dauphins. Ils sont plus petits que ceux des Tuamotu (2 à 3 mètres). Ils sont une vingtaine. Ils ont le dessus gris, le dessous blanc beige et le dessous arrière gris clair. Et comme personne n’est malade, c’est un moment de bonheur qui nous est offert. Bon nous étions déjà heureux au milieu d’un beau décor : les îles Mercury à l’Est, la forêt à l’Ouest sur le Coromandel Range, nous sur l’eau, mais là nous sommes encore plus heureux ! Parfaitement, c’est possible.

A 14 h, après le repas, nous prenons un raccourci entre de hauts ilots : j’ai vu 2 bateaux passer, donc nous aussi, il y a du fond. Nous nous épargnons 3 miles ainsi. Ces ilots sont déjà le signe d’un des point les plus beaux du Coromandel : « Cathedrale Cove ». Des falaises blanches avec des coupes brunes, voir rouges. Des ilots en pain de sucre, comme en certaines parties d’Asie. A 15 heures, nous entrons dans la Mercury bay. Une grande et profonde baie. Au fond, nous attend notre dernière étape planifiée : Whitianga.

Nous avions visité cette ville en camping-car plus d’un an auparavant. Nous nous étions mis à rêver d’y revenir en bateau. La ville était charmante, conviviale, il semblait faire bon y vivre. C’est bizarre d’y repenser et de se dire « nous le faisons, nous revenons là ou nous avions envie ». Nous avons entretenu par de nombreux mail la préparation de cette étape ». Il s’agissait pour le Harbour master (chef de port) de caler de la place pour nous, la marina étant petite. Et c’est aussi là que nous avons trouvé une école d’anglais couplée à une école tout court pour les enfants et Valérie.

Quand nous arrivons vers le fond de la baie les vagues se lèvent, nous avons tendance à faire du surf. Je m’inquiète en voyant le peu de fond : 4 mètres d’eau. Et puis avec bonheur nous retrouvons de la profondeur sous les quilles dans le chenal de la rivière.

C’est aussi beau que la 1ère fois, même plus : la rivière est bordée à droite de falaises blanches sur laquelle la végétation s’accroche. Les couleurs sont splendides, la 2ème partie de la traversée s’est bien passée. Du plaisir, sous le soleil nous faisons les manœuvres d’entrée dans la marina. Nous nous sommes préparés à un fort courant traversier. Effectivement nous marchons franchement de travers, tel un crabe. A 16h30 nous nous amarrons au quai des « visitors  berth » numéro C 43, avec l’aide d’un employé de la marina. C’est notre nouvelle adresse ! Appaloosa marque 25.568 miles au compteur, lorsque je coupe les moteurs. Nous sommes bien, au calme.

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Dernière modification le Samedi, 12 Septembre 2015 10:10