Billet traversée Fiji - Nouvelle Zélande

  • 14 Novembre 2014

 Billet N°1

Le bleu du Grand large: limpide, profond, cristallin. Un bleu dans lequel on se noie bien volontiers (au sens figuré). Cela fait du bien après un départ mouvementé. Parti à 18 h locale, nous avons passé la nuit et toute la journée du lendemain au près à taper dans les vagues. Comme cela faisait longtemps que nous n'avions pas navigué, tout le monde était barbouillé. Même moi, et Dieu sait si c'est rare. Il faut dire que nous avons eu (et encore un peu) des odeurs très désagréables qui remontaient des fonds de cale bâbord. Je suppose que ce sont les conséquences des manutentions vaines sur le Groupe électrogène. Un mélange de gasoil, d'huile et surtout de liquide de refroidissement usagé.

 Le vent, pas assez favorable, nous a fait nous déporter vers l'Ouest. Ce n'est peut être pas plus mal pour l'arrivée (fort lointaine pour l'instant) Hier soir, comme prévu, le vent est progressivement descendu et les moteurs ont pris le relais. La mer s'est calmé progressivement. Nous avons eu le droit à un couché de soleil et un lever de soleil des plus brillants. En fait, je ne crois pas pouvoir voir la même chose à terre. Un coucher est souvent beau par les nuages qui restent. Là rien qu'un ciel bleu, qui s'est illuminé de toute les couleurs en dégradés subtils. Et que dire de celui de ce matin sur une mer calme. Cela apaise, revitalise.

 Alors du coup, réveil des enfants à 8 h, ils vont pouvoir faire du CNED. Je les ai motivé en leur disant que tout le temps gagné en navigation se répercutait sur les vacances à l'arrivée en Nouvelle Zélande.Autre chose nouvelle: la baisse des températures. 27°C la veille de partir. 25°C la nuit du départ. Déjà 24°C hier et 23°C ce matin. C'est bien agréable. Nous savions que ce serait le premier bénéfice de la traversée. Presque instantanément mes doigts ont dégonflé: je peux retirer mon alliance et ma chevalière. Le soir nous mettons un T-shirt et nous tirons la couverture sur nous la nuit. Mais jusqu'ou cela va-t-il descendre ?

 Notre position à 9h30 ce jeudi 13 Novembre: 20°26,3 Sud et 175°35,0 Est. Nous faisons un cap fond de 150 à la vitesse de l'homme qui trotte: 4,8 noeuds. Nous avons parcouru 210 Mn, il en reste de quoi faire: plus de 900 Mn. Nous vous souhaitons bien du plaisir dans la journée qui se prépare à vous.


Billet N°2

La journée du 13 a été bonne. Plus personne n'était malade. La risée diesel était de rigueur. Nous n'arrivons pas à nous en passer.

La pêche: 2 leurres perdus. Le 1er sur une dorade Coriphène que nous avions ramené pratiquement jusqu'à la jupe. Je la croyais assommée, mais un sursaut alors que je commençais à la sortir hors de l'eau et voilà que la liaison leurre ligne s'ouvre. Nous voyons notre repas se barrer avec le leurre en bouche ! Les filles étaient très déçues. Le capitaine vexé remet la ligne à l'eau. 1 heure plus tard c'est le moulinet qui cliquette. Je ralenti le moteur, je resserre le frein et "dzooiing" la ligne revient toute molle. Et M... un 2ème leurre de perdu ! C'était une grosse touche. Il aurait fallu ralentir le bateau plus vite. Le pire c'est que ce leurre a une histoire.

Laissez moi vous la compter. Quand nous étions à la marina de Vuda, attendant la fenêtre météo, nous avons fait la connaissance de "Skabenga" un Saint Francis Sud Africain. Nous avons sympathisé avec Bruce et Jennifer. Bruce est un gros pêcheur: il a environ 50 marlins (voiliers) à son actif ! Et il vend des leurres. Vous avez compris ou je voulais en venir. Sauf qu'à peine étrenné, il est perdu. Il m'en reste un 2ème.

La nuit du 13 au 14 se passe bien. Enfin presque: le voyant de surchauffe du moteur tribord commence à clignoter. Valérie pendant son quart doit passer sur l'autre moteur: le défaut de refroidissement se déclenche franchement. Le matin au réveil le vent est revenu, il est temps de renvoyer le génois. Nous passons du 180° (plein Sud) au près au 240°. Le vent devrait tourner doucement et nous permettre de faire un 200°/ 180° d'ici ce soir. Bien sûr je dois mettre mon nez dans le moteur. Heureusement, c'est une des pannes classiques sur le circuit primaire de refroidissement: le rouet de la pompe à eau est usée: il lui manque plein de dents. Remplacement essai: c'est concluant plus d'alarme. J'adore quand un plan se déroule sans accro ! Le près, personne n'aime: le bateau tape, s'use, l'équipage est barbouillé (excepté le capitaine), mais le nez dans le moteur n'était pas sans me pousser dans les limites.

Alors cette journée du 14: pas ou peu de CNED. on lit quand on peu. Le reste de la journée est du même acabit: on se croit dans une essoreuse. Vive la marine à voile ! Le repas du soir ? on se refait des nouilles chinoises. Vous savez le plat compliqué: on ouvre le sachet, on met dans un bol, on verse de l'eau et on attend 3 minute. La nuit: on ne change pas une équipe qui gagne: coup de pied de la mer dans la nacelle, virage à gauche, virage relevé à droite. Bref on dort mal. Alors on s'occupe avec le voyant de surchauffe d'eau du moteur. Bon j'ai changé le rouet, le moteur tourne normalement, sauf que quand je l'arrête et que je veux redémarrer le voyant s'allume. Je vous passe les détails et j'arrive à la conclusion. Comme cela se passe uniquement quand le moteur est chaud et que cela disparait quand il tourne, soit c'est un défaut de la sonde, soir il reste des morceaux de l'ancien rouet dans le circuit.

Samedi 15 Novembre. Ce matin la journée commence bien. A peine ma cafetière posée sur la table qu'une vague scélérate me la renverse. Festival de confettis de marc de café sur la banquette, la table, et le sol. A peine, je me rassois pour déguster le reste de mon café sauvé ... une autre vague renverse une partie des verres pourtant dans leur compartiment et mon verre à Ti Punch - rendez vous compte le dernier des caraïbes - s'échappe et explose par terre. Il y a des jours comme cela ou rien ne m'arrête. Nous nous dirigeons vers le centre de l'anticyclone, donc le vent va tomber et la mer se calmer aussi: chouette. Au programme nettoyage des fonds ce cale: nous avons une mauvaise odeur persistante. Position à 10h30 23°56,4 Sud et 174°33,5 Est. Nous faisons un Cap au 210 sous voiles et moteur. Puis se sera plein Sud quand le vent sera trop faible. Depuis le début nous avons parcouru 470 Mn, il en reste 710. Demain nous serons à la moitié. Normalement le plus désagréable est derrière nous. Nous traçons à une moyenne de 6 noeuds. Et vu ma veine de ce matin, je compte essayer de repêcher cet après midi. Statistiquement, je devrai y retrouver un équilibre dans la chance. Bonjour au plancher des vaches de notre part.



Billet N°3

Oh, la, la on m'a fait signe que j'avais du retard ! Tout d'abord l'attaque des vagues a continuer sur Rozenn, plus précisément sur son thé. Devant notre indifférence l'Océan s'est calmé, il a commencé a boudé. J'en ai profité pour transférer les 2 derniers bidon de fuel dans le réservoir, la jauge indiquait 3/4 du réservoir. Bien, nous avions de la marge.

Bon en fait nous rentrions progressivement dans le centre de l'anticyclone. Nous avons traversé l'oeil en soirée, toute la nuit et il ne revient qu'un peu vers midi le 16 Novembre. Nous ressortons le génois pour faire une poussée supplémentaire. Mais le moteur il y en a marre ! L'autre évènement important de ces jours c'est la baisse des températures. Nous avons commencé dans le plus beau des habits, comme au 1er jour, puis le Slip et le T-shirt était de mise. Ce week-end c'est le bermuda la journée et même le pantalon le soir. Nous avons ressorti les couettes. C'est avec plaisir que nous nous re-glissons dedans. Cela nous a évoqué les souvenirs du début du voyage jusqu'aux îles Canaries: l'Espagne, le Portugal, Madère. Cela nous parait loin tellement il s'est passé de choses et près, car les souvenirs sont bien vifs.

Alors que nous étions sous voiles avec le vent prévu 12/14 nd, une nouvelle période de molle s'abat sur nous dans cet après midi du dimanche 16 ... et cela durera jusqu'au petit matin. Une molle pas prévu qui nous coute du carburant. Oh, nous en avons encore, mais je surveille davantage le niveau, sachant que nous en aurons besoin pour une probable dernière zone sans vent mardi soir.

Un autre phénomène nous inquiète un peu, même avec peu de vent Appaloosa devrait beaucoup mieux avancer que cela. Il fait de 3,5 à 4 nœuds au lieu de 5 avec 10/12 nd de vent. Nous allons même juqu'à nous demandé s'il n'y aurait pas quelque chose de coincé sous la coque ? Nous enquêtons, j'ai bien une différence énorme: jusqu'à 2 nœuds entre la vitesse surface mesurée par le rouet du speedomètre (tachimètre) et la vitesse fond mesurée par le GPS. Cela signifierait que ou il y a beaucoup de courant et sur une grande zone ou mes instruments sont défectueux ! Finalement le GPS de l'I Pad de Valérie nous confirme que notre vitesse fond est exacte.

Nous aurons la confirmation de la théorie du courant le lendemain (lundi 17) lorsque la vitesse surface remonte progressivement et que l'écart entre les 2 vitesse s'amoindrie. Cela nous aura couté du temps, donc rien de grave, puisqu'on en a. C'est ce lundi 17 que nous décidons de modifier notre arrivée: nous ne la ferons plus sur Opua mais sur Whangarei, avec le passage des douanes et de l'immigration avant sur Marsden Cove. Cela nous rajoute 45 Mn.

C'est à minuit que j'ai le plaisir de couper, j'espère pour longtemps le sifflet du moteur. Il restait en appui à cause du vent faible et du courant encore contre. Que cela est bon de n'entendre que le vent et l'eau glisser sur la coque, surtout au petit largue. Nous refaisons plus de 5 Nœuds, puis 5,5, puis 6. Ce matin le mardi 18 Avril nous faisons avec un Force 5 du presque 7 nœuds de moyenne. Un vrai plaisir, surtout après les contre performances précédentes. Cela sera de courte durée: nous attendons une bascule de vent de la dépression qui remonte de la mer de Tasman (celle entre l'Australie et la nouvelle Zélande), et nous obligera à être au près dans du petit vent. Mais cela nous vous le raconterons la prochaine fois.

Nous sommes à 11h ce mardi 18 Novembre par 29°57 Sud et 173°59 Est. Nous faisons un Cap au 190. Et je re précise notre vitesse tellement c'est bon: 6,8 nd de moyenne. Il nous reste 374 Mn à parcourir sur ma route. Nous pensons arriver jeudi dans la nuit ou vendredi matin. Nous devrions avoir pas mal de près pour finir mais pas trop de vent non plus.

Toute la famille d'Appaloosa vous embrasse et en profite pour souhaiter un heureux anniversaire à Jean François. Merci pour votre petit mail, ainsi qu'à tous ceux qui nous répondent. C'est un plaisir d'avoir de vous lire. Jean François que cette nouvelle année de maturité t'apporte santé et bonheur. Continue à préparer votre rêve aussi.


Traversée Viti Levu, îles Fiji - Marsden Cove Nouvelle Zélande.
Billet N° 4

La suite du mardi 18, c'est avant tout la bascule de vent qui est attendue.  Cette bascule vers du vent moins favorable à lieu au moment prévu vers 16h. Elle est très rapide; en moins de 2 minutes le vent change de 100°. Nous sommes en conséquence de la lutte de 2 systèmes Haute Pression et Basse Pression sous un ciel plombé avec de la pluie attendue. Finalement il y en aura très peu.

Une période de vent faible nous oblige à remettre le moteur vers 18h et jusqu'à 1h du matin ou je recoupe le moteur avec plaisir.

La matinée du 19 se passe bien, le vent s'incline Sud Ouest pour notre bon plaisir. Tout au long de l'après midi il va monter à force 4, puis 5, puis 6. C'était prévu mais pas tout a fait aussi fort. Pour la première fois depuis cette traversé nous prenons un ris, puis 2. Et surtout la machine à laver se remet en route. D'abord en programme linge délicat, puis en mode coton. Cela marche très bien: regarder comme l'équipage ressort tout blanc. Un bon teint livide !

Et cela va durer toute la nuit, et jusqu'à maintenant ou j'écris ces lignes. C'est pire que la première fois: il y avait des tâches coriaces à éliminer.

Les bonnes nouvelles, non mais il faut quand même qu'on vous donne envie de nous rejoindre ! D'abord le vent décroit et devrait être plus maniable jusqu'à l'arrivée. Il y a même un moment de calme attendu demain. Nous avons fait de bonne moyenne pendant cette période

Et puis nous avons pêché. Nous ne sommes plus brocouille, suivant la fameuse expression des Z'inconnus. Bon il s'agit d'un (forcément) beau thon de 70 cm. ce sera notre cadeau d'arrivée en mi cuit. Dès que les conditions s'améliore, je le vide.

Aujourd'hui jeudi 20 Novembre, 18 minuscules petits degrés, agressent nos pauvres corps tropicalisés. Il est 11h15 , le soleil brille et nous réchauffe un peu. Nous venons de virer de bâbord plein Ouest pour 2 heures avant de redescendre Sud Sud Est. Notre vitesse est de 5,5 nœuds. Position: 33°24,5 Sud et 174°48,6 Est.

Nous prévoyons d'arriver demain dans l'après midi ou la nuit.


Traversée îles Fiji Marsden Cove en Nouvelle Zélande.
Billet N°5

Fini les désagréments et bonjour le plaisir ! Comme prévu par la météo, le vent s'est calmé progressivement en redescendant à Force 5 puis 4 et 3 en fin de journée. L'Océan a suivi avec retard forcément, mais à notre grande surprise, cela est retombé vite. A 18h, il ne restait plus que 136 Mn sur ma dernière route modifiée de la dernière météo. Nous en avons parcouru 1.132 Mn, plus que je ne pensais.

Dernière nuit en mer pour l'équipage, derniers quarts pour les parents. Ce sera avec plaisir que nous arrêterons les nuits entrecoupées. Pendant cette nuit, nous enroulerons puis re déroulerons le génois, allumerons et couperons le moteur, il faut bien s'occuper.

La nuit est encore plus fraîche. Mais ou cela va t-il s'arrêter bon sang ? J'ai entendu dire que l'eau très froide pouvait se solidifier et devenait toute blanche. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je me demande si nous allons bientôt le voir. 16°C la nuit, atteint-on le point de solidification ?  Chaussette, pull, sont nos moyens de défense, et nous n'avons plus de chauffage car le groupe n'a pas été réparé ! Bon dans le bateau cela ne descend pas en dessous de 20°C.

Le Vendredi 21 Novembre de l'an de grâce 2014. Un fameux catamaran s'apprête à découvrir un nouveau monde. A 11 h 45, le Capitaine s'écrit "TERRE, TERRE, AOTEAROA".L'équipage bondit. Oui il faut de bon yeux. Ce n'est encore q'une ligne légèrement plus foncée au dessus de l'horizon. Après estimation, il doit s'agir (et il s'agira) d'une île qui précède la côte: Tawhiti Rahi island. La côte se révèle une heure plus tard. Je remarque aussi que les eaux sont plus sombres, limpides mais plus foncées.

Le vent pas assez favorable le devient. Plus nous nous approchons de la côte, plus la mer est lisse (nous sommes sur la côte sous le vent) plus le vent vient de côté. Alors notre fidèle destrier se met à galoper, 6 nœuds puis 7 nds. Appaloosa qui a souffert lui aussi des chocs répétés, sent que l'écurie approche. Quel bonheur ! Bonheur d'être sorti des conditions difficiles, joie de voir la terre, moment de grâce, et plaisir de faire une telle glisse sur l'eau. Il ne manque rien !

Il est 17 h, nous longeons la côte, plein Sud, en direction de la baie de Bream. Nous laissons derrière nous Tawhiti Rahi, et d'étranges doigts rocheux. Un long nuage translucide plane au dessus de la Nouvelle Zélande. Un signe ? C'est une évidence maintenant pourquoi les premiers occupants - Les Maoris - ont appelé cette île AOTEAROA: "le pays du long nuage blanc", nous le vivons.

Le soleil commence un peu à décliner, face à la terre, nous jouissons d'un tableau tout en ombre, toute la palette des gris est utilisée pour nous décrire le relief. Les nuages translucides viennent joués devant l'astre
solaire et là c'est comme une photo sépia qui défile devant nous. Magnifique ! Au fur et à mesure que le paysage se dessine, les contours deviennent plus fermes, les différents gris soulignent la profondeur du paysage. Émotions, plaisir, rires, humeur joyeuse à bord, excitation des enfants.

19h, nous préparons le repas du soir, et nous dinons en même temps que Appaloosa contourne la pointe "Bream Head", c'est le début de la baie du même nom. Le soleil disparait derrière de hautes falaises. Et je distingue les feux de balisage du chenal qui se mettent en route. Nous nous équipons chaudement. Je ne sais plus depuis combien de temps nous n'avions sorti nos vestes de quart. L'air froid (15°C) nous gifle le visage. Et puis c'est
le chenal et la remontée de la rivière.

Nous affalons la Grand Voile, nous traversons le port de commerce, tout illuminé, cela nous rappelle Donges, ici aussi il y a une raffinerie. 2 Miles de rivière et nous entrons dans la passe qui mène à Marsden Cove marina. Grâce à la VHF, on nous donne un coup de main, on retrouve la culture Maori: la femme est pied nue. On gèle pourelle !

Ça y est, il est 22h30, nous sommes amarrés au ponton "Q": celui des douanes et de l'immigration. C'est le grand calme: plus de vagues et surtout plus de moteur ! Un silence délicieux. Je me mets à repenser que nous sommes au bout du monde. Géographiquement à l'opposé de la France (en longitude et latitude). Nous sommes fiers d'y être.Je suis fier d'avoir amené tout le monde à bon port, sans encombre. Un plaisir indescriptible me submerge.

Une tranche de vie se termine, une autre commence. Pour les mois qui viennent nous allons superposer délicatement les deux, histoire de faire une transition en douceur. Nous vous embrassons tous. Rien ne vaut la vie, surtout celle qu'on choisie.

LES APPALOOSA A QUAI

Dernière modification le Samedi, 22 Novembre 2014 11:05

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