Billet n°11 : TRAVERSEE La Corogne – à Sanxenso (Espagne)

TRAVERSEE La Corogne –  à Sanxenso (Espagne)
Qui se transformera en La Corogne à Pedras Negras (Espagne)

Yann et Valérie

Nous partons le lundi à 13 h00 de La Corogne, nous avons récupéré au dernier moment le colis du CNED de Rozenn. Le départ peut donc avoir lieu. Il pleut, il fait gris.
Nous profitons du spectacle des grands voiliers à la sortie, ils ont tous un AIS, on est cerné sur la carte !
 Ce fut un grand plaisir de voir ces magnifiques voiliers dans leur tenue de mer, ils sont tous aussi jolis les uns que les autres. Géants d’une autre époque ils sont aujourd’hui la plupart des bateaux écoles, emblème de leur pays. Cela a été notre petit Brest 2012 rien que pour nous !
Nous avons pris plein de photos. Puis le vent a tourné; comme d’habitude, on s’est retrouvé vent dans le pif, donc on marche au près, première prise de ris dans la grand voile vers 14H. Les enfants sont malades, et pour une fois pas l’équipière principale. A 18 H 00, on décide d’affaler le code zéro.
Yann était très content d’avoir enroulé soigneusement le screecher avec Lucas au port. La météo avait prévu 10 à 15 nœuds de vent, donc dès le départ il avait été hissé … plein d’espoir … peine perdue. Avec Force 6 et de face le descendre n‘a pas été une partie de plaisir, le vent prenant dedans, la drisse revenait jusqu’à l’arrière, heureusement  mon intervention nous aide beaucoup en étouffant cette poche d’air.
Vers 19H30, on passe le cap Finisterre, il nous gratifie de 30 à 35 noeuds de vent, donc second ris dans la Grand-voile.
Pendant le quart de Yann, nous traversons le rail du Cap Finisterre. Succession de cargos à éviter, il ne dort que peu : entre le moment ou il s’étale sur le sofa et commence à s’endormir …  le réveil sonne - 15 mn après.  Il y a 2 rails montant et 2 rails descendant. L’entre 2 rails permet de relâcher l’attention, même si il a repéré 2 cargos naviguant sur la chaussée, ou coupant la fin du rail. Le vent mollit, on re-largue le second ris, avec le moteur bâbord en appui, nous sommes toujours au près. A 00h30 la bascule de vent annoncée du Sud vers l’Ouest se manifeste ; c’est une bonne chose : elle nous est favorable. Le ciel permet de voir quelques étoiles par endroit, cela aussi c’est bon pour le moral.
En fin de nuit, le temps est beau, on appuie avec le moteur tribord car la vitesse est trop faible. Le génois est remballé. Le vent est toujours de face, on décide de changer de destination, on va sur Sanxenxo, dans la ria de Pontevedra, marre du vent de face. Vers 15H00, nous avons force 4, la pluie arrive.
Nous avons déjà rentré le génois, car le vent est de face. Nous continuons de nous appuyer du moteur.  A ce stade et comme dans toute navigation, l’équipage se munit des harnais auto gonflant dès qu’il sort du cockpit. Concernant l’annexe, afin d’éviter qu’elle se balade, en plus de l’arrimage des bossoirs, Yann la sangle, et ce à chaque navigation. Enfin et pour éviter les vols il y a en plus 2 cadenas fixés sur des câbles en inox toronnés, lesquels sont protégés par une gaine plastique. Enfin nous avons choisi volontairement une annexe légère et résistante : fond et carène en aluminium. Son poids à vide est de 53 Kg. Les boudins en hypalon.
A 17h00, le vent se met à monter et ne s’arrête pas, on prend 2 ris, juste à temps ! Nous avons 35, puis 40 nœuds. La mer grossit avec une houle d’Ouest résiduelle de 2 mètres et  des vagues  du Sud qui montent à 3 mètres, puis 4 m. Nous nous mettons à 30/40° du vent afin que le vent ne force pas trop sur la Grand Voile.
Le bruit est infernal,  les vagues commencent sérieusement à déferler, Appaloosa escalade régulièrement des montagnes d’eau puis retombe dans le creux qui suit, de vraies montagnes russes. On se dit que ça va se calmer, que c’est bon là, on a notre compte mais non cela va durer jusqu’à notre arrivée.

Nous remarquons alors que les bossoirs supportant l’annexe sont pliés, ce qui fait que les vagues tapent davantage sur l’annexe, continuant ainsi sa descente vers les vagues.
19h00. position, L : 42°26,3 N, G : 9°07,9 W. Le vent est toujours entre 40 et 45 nœuds apparents, nous marchons à 4,5/ 5 nœuds, ce qui fait un vent réel à Force 8 (Coup de vent), nous enregistrons des rafales à 48 nœuds = force 9. Dans ces rafales, l’éolienne fait un bruit du tonnerre, comme un moteur hurlant de moto passant en trombe. Les vagues font maintenant régulièrement 4 à 5 mètres, certaines doivent faire 6 m, et elles déferlent bien entendu avec ce vent. La visibilité est inférieure à 500 mètres et au plus fort des grains elle est quasi nulle, nous guettons les bateaux de pêches qui nous sont indiqués par l’AIS (système de tracking de tous les bateaux commerciaux), c’est ainsi que nous estimons les distances de visibilité. Les bossoirs plient encore, l’annexe traine par intermittence dans l’eau et commence à agir comme une ancre flottante. Yann resserre une nouvelle fois les bouts qui maintiennent l’annexe. Il détache les antivols, car nous nous disons qu’il faut être prêt à couper les bouts si l’annexe devient un danger pour nous. La main courante avant de l’annexe commencent à se déchirer. Le temps est compté pour la garder.
Par contre nous sommes en sécurité sur le bateau. Les enfants n’ont pas peur, seuls les parents stressent, et pas qu’un peu !
19h30. Position : L : 42°25,8 N ; G : 9°04,9 W. La dessus, Katell nous signale que l’avant du bateau n’est pas comme d’habitude, comment ça pas comme d’habitude ? On ne voit plus le trampoline avant. Nous regardons et nous nous apercevons ainsi que le trampoline avant avec son bout dehors ne sont  plus en place. Après un examen à la plage avant, Yann s’aperçoit que la drisse de maintien du bout dehors à casser, entrainant la rupture de la base du bout dehors, sans doute par les chocs dans la mer. Celui ci a chuté dans l’eau, il reste maintenu par les câbles « hale bas ». Donc le bout dehors pend dans l’eau, mais avec une certaine souplesse et dans le sens d’évolution du bateau; il ralentit certes le bateau mais il ne cogne nulle part à priori. Ne voyant pas de danger immédiat que le ralentissement, et ayant la préoccupation de l’annexe, nous décidons de le laisser ainsi. De plus la situation deviendrait dangereuse pour Yann d’aller essayer de le récupérer avec les paquets de mer qui montent sur le pont du bateau. Manquait plus que ça, on comprend pourquoi on ne marchait pas plus vite que ça. Il nous  ralentit et on se demande combien de temps le bazar va tenir.

Pour l’annexe, la main courante avant finit de se déchirer, elle se détache. Elle est alors traînée dans l’eau par l’attache arrière uniquement. Elle fait le sous-marin, agissant comme une ancre flottante nous ne faisons plus que 4 nœuds de moyenne. Nous voyons les rames puis le siège s’en aller. Le temps nous parait encore plus long du coup pour regagner le port le plus proche. Le vent est légèrement retombé à Force 7, toujours du Sud. La mer reste grosse et croisée. Comme l’annexe a l’air de tenir, nous décidons de continuer comme cela, même si cela perturbe la bonne marche du bateau. Nous nous attendons à une rupture du bossoir qui la retient.
20h00. Position L : 42°25,4 N ; G : 9°02,1 W. Au vue de la dérive due à nos 2 poids morts nous changeons de destination : au plus près : ce sera Porto Pedras Negras. Le bossoir qui maintenait l’annexe s’arrache, l’annexe ne tient plus que par le bout (corde) du bossoir. Si près de l’arrivée nous espérons qu’elle tienne. Nous ne savons plus quoi faire de plus pour ne pas la perdre.
20h10 : alors que nous avions bon espoir de ramener en l’état l’annexe, le dernier bout lâche : cisaillé par le bossoir arraché. Nous bondissons aussitôt à 7/8 nœuds de vitesse. Vu l’état de la météo nous ne tenterons pas de faire demi tour pour essayer de la reprendre, ce serait mettre nos vies en danger.  On rage de la voir s’éloigner du bateau mais impossible de faire quoique ce soit, la mer est trop démontée
A l’approche de Sao Vicente, ou nous pensions être plus à l’abri des vagues, l’île de Ons le  protège, en fait les conditions ne s’améliorent que très peu, les vagues déferlent encore @dans tous les sens, même si elles sont moins hautes, on est secoué et on cherche les balises d’approche, la visibilité est très limitée et nous les voyons au dernier moment. On finit par apercevoir l’entrée du port, ou les vagues déferlent, on déboule la dedans avec la Grand voile, on ne veut pas prendre le risque de l’affaler avant vu l’état de la mer. Juste après l’entrée, Yann essaie de manœuvrer au mieux, le bout dehors arraché pend sur l’étrave et gène énormément les manoeuvres, on évite la jetée puis les bateaux de pécheurs , c’est chaud , la tension ne peut pas être plus au max .
Quand je vois le port, je me dit qu’il est plein, ou vont ils nous mettre ? Les gars du port arrivent en canot, ils nous demandent notre tirant d’eau, je  leur réponds par dessus le vacarme du vent, on parle par signe, ils comprennent 2 m, non finalement c’est 1,5 m. Bref, c’est OK, on les suit, le port est petit, nous sommes la plus grosse unité et ils nous aide à nous amarrer au ponton carburant le seul de libre et le seul à notre taille.

21h30. Position : L : 42°27,5 N, L : 8°55,1 W. Nous sommes amarrés, avec l’aide des gens du port. Personne n’est blessé. La tempête remonte à 35/40 nœuds avec des rafales qui vont durer une majeure partie de la nuit.
L’accueil des espagnols est extra, ils nous disent de rester là tant que dehors c’est « temporal » (la tempête).
Les espagnols sont tout de même ahuris de nous voir, et de voir les bossoirs arrachés, plus d’annexe et le bout dehors en vrac. Ils nous disent que la météo ne l’avait pas prévu cette tempête, nous non plus d’ailleurs !
La Guarda civil enregistre la perte de notre annexe, afin que si ils la retrouvent, ils ne croient pas qu’un bateau ait coulé.
Nous sommes trempés, le temps de réchauffer un chili con carne et de prendre une bonne douche, et on va tous se coucher !

Le lendemain, le port, qui reste un petit port, et dont nous occupons l’unique ponton d’accueil pour les grosses unités, nous autorise à rester car le vent reste fort : 25 à 30 nœuds et c’est jour férié (15 Août en Espagne), ne pouvant de toute manière repartir avec le bout dehors dans cet état et avec la diligence des personnes du port, il est réparé dès le midi. Certes il reste affaibli avec des déformations. En voyant la rouille qui s’est échappée de l’éolienne, sa faible vitesse de rotation et le fait qu’elle ne débite pas d’ampère que je sais qu’elle aussi a dépassé ses limites.

Les photos ici

Dernière modification le Mardi, 13 Août 2013 14:11
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2 Commentaires

  • hervé le corre
    hervé le corre Samedi, 25 Août 2012 16:38

    ET bien les amis ...je n'avais pas lu cet épisode ...! moi qui dans mon dernier SMS me préoccupais simplement du mal de mer de Valérie ?!? ... ce coup de chien a du mettre vos nerfs à l'épreuve ... c'est rude pour les dégats matériels mais c'est super de se rendre compte que votre bateau est costaud et sécurisant ... bravo à l'équipage pour ce baptême du feu ! ... bravo au captain pour son sang froid ...je suis ravi que vous soyez sorti de cette expérience sans bobo ...et j'espère que depuis la route vous est plus favorable ? ...
    Biz de Catherine à vous tous.
    Amitiés
    Hervé

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  • cravic bruno
    cravic bruno Dimanche, 19 Août 2012 20:59

    Bonsoir à tous
    je suis content de vous savoir au port après cette épreuve dans le mauvais temps. J’espère que vous gardez le moral. Même si il y a des dégâts , l'Appaloosa a tenu bon, il est costaud.
    La météo signale une situation exceptionnelle sur les Açores ,un cyclone, les prévisions pour la fin de semaine sont données avec un très faible indice de confiance.
    Je vous embrasse tous
    Amitiés
    Bruno

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